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en Allemagne. Malgré la confusion trop fréquente des divisions, la déclamation et les personnalité violentes, malgré l’appareil parfois pédantesque de la critique, son livre mérite d’être médité par tous les lecteurs français qui s’intéressent aux progrès de la science et de la philosophie, et qui voient comme M. Zöllner, dans l’accord de ces deux sœurs trop souvent ennemies, le gage le plus assuré des progrès futurs et de la pacification des esprits.

Nolen.




II

MORALE


Bouillier (Francisque). Morale et Progrès, 1 vol. in-12, de 338 pages, Paris, Didier, 1875.

L’objet de ce livre se ramène à deux questions principales : 1° quelles sont les conditions du progrès ? 2° dans quelle mesure le progrès est-il réalisable ? La méthode est analytique en ce qui concerne la première question, synthétique en ce qui concerne la seconde.

I. Qu’est-ce que le progrès ? En quel sens prendrons-nous ce mot si mal défini ? Il ne s’agit pas ici de rechercher les destinées de l’univers, ni de l’homme lui-même dans les modes d’existence qui pourront lui être départis après la mort. Il s’agit uniquement du progrès humain proprement dit, c’est-à-dire de la marche de l’homme vers le meilleur dans les conditions de la vie présente. Il s’agit de ce qu’on appelle communément l’amélioration physique, intellectuelle et morale des individus et des sociétés.

Or le progrès, ainsi entendu, suppose deux éléments tout-à-fait distincts. Il y a, d’une part, l’objet au sein duquel il se manifeste, d’autre part, l’agent qui le réalise, le maintient, l’accélère ou le compromet. De même, dans une œuvre d’art, il y a la matière inerte et le génie de l’artiste. La matière du progrès, c’est l’ensemble des faits intellectuels (p. 39), les connaissances de tout genre, morales aussi bien que scientifiques, acquises, accumulées et transmises, avec toutes les conséquences et toutes les applications qui en dérivent. Quant aux conditions du progrès, elles ne dépendent plus de l’intelligence, mais de la seule volonté. Ce ne sont plus les idées et les esprits, mais les âmes, les caractères, le sentiment du devoir et de l’honneur, la vigueur morale, la bonne volonté, d’un seul mot, la vertu.

S’il est aisé de déterminer en quoi consistent les faits intellectuels, matière du progrès, il ne l’est pas d’assigner l’essence de la vertu, qui en est la condition. On applique le nom de vertu à bien des qualités