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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/423

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« Mais aussi peu la connaissance des lois de la statique nous met en. état de tenir un ballon en équilibre sur notre main, aussi peu la connaissance la plus exacte des lois de la morale et de leur sagesse parfaite suffit à triompher dans un cas particulier de l’opposition des motifs contraires. » Il y faut joindre ce tact et cet instinct moral, que. l’habitude entretient et perfectionne dans la série des générations. C’est en ce sens que la religion et la civilisation du Moyen-Age ont préparé le développement moral de la conscience moderne, et ne méritent pas le dédain et la condamnation trop absolue de Buckle.

M. Zöllner passe ensuite au rôle des raisonnements inconscients dans une classe spéciale de perceptions sensibles, celles de la vue. Il insiste sur les travaux de Schopenhauer et de Weber à ce sujet, et reproche, comme précédemment, à Helmholtz de laisser trop volontiers dans l’ombre ce qu’il doit à ses devanciers. Weber, par exemple, n’avait-il pas dit expressément avant Helmholtz : « Les idées du temps, de l’espace et du nombre ne sont pas les résultats de l’expérience, mais l’expérience n’est possible justement que parce que nous avons la faculté d’interpréter les impressions sensibles, conformément aux catégories de l’espace, du temps et du nombre. » L’auteur fait des observations intéressantes sur les couleurs, les nerfs, sur la rétine avec ses trois espèces de fibres à l’irritabilité différente, sur l’influence de l’attention dans les mouvements des muscles et la sensibilité des nerfs. Il présente enfin quelques considérations rapides touchant la possibilité de la psychologie expérimentale, et la nécessité de distinguer deux parties dans la psychophysique, la statique et la dynamique.


La dernière partie du livre est consacrée à la glorification de Kant et des services qu’il a rendus à la science. Après une courte et un peu déclamatoire biographie de Kant, M. Zöllner s’attache à établir par une série de citations décisives, que Kant a pressenti, cent ans à l’avance, beaucoup des conceptions physiques et astronomiques de la science contemporaine. Il suffit de rappeler sa théorie des étoiles fixes et des nébuleuses ; son explication des comètes ; l’accord de ses vues et de celles de Laplace sur l’origine du système planétaire et sur l’anneau de Saturne. Ajoutons enfin qu’on trouve déjà chez lui les idées que Mayer en 1848, que Delaunay en 1864, ont fait accepter touchant l’explication du flux et du reflux et la vitesse de rotation de la terre ; que sur la théorie des vents et la loi de la rotation il avait devancé les théories de Dove (1835). Il n’est pas besoin de faire remarquer que la plupart des citations de M. Zöllner sont empruntées à l’histoire du ciel, le second ouvrage de la jeunesse de Kant.

L’auteur ne pouvait placer sous un plus illustre patronage que celui du père de la philosophie critique l’alliance qu’il rêve de conclure entre la spéculation et la science. Nous croyons que son appel n’a pas été sans écho, si nous en. jugeons par le succès que son ouvrage a obtenu