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sphéroïdale où l’observation microscopique distingue des substances différentes, mais où rien ne fait pressentir les caractères qui apparaîtront dans la suite. Fécondé, l’ovule se divise par une segmentation graduelle ; il devient bientôt un ensemble de petites sphères semblables les unes aux autres, et contenues toutes dans la même membrane. Si l’évolution s’arrêtait là, et si, à ce point de leur développement, on faisait sortir des milieux qui les contiennent les embryons des animaux les plus distincts, on ne pourrait en dire qu’une chose : ce sont des animaux ; mais on ne saurait dire à quel embranchement ni à plus forte raison à quelle classe, à quel ordre, à quel genre et à quelle espèce ils auraient appartenu. Tous les animaux sont donc caractérisés d’abord comme animaux, et l’on peut appeler loi du règne la loi générale qui préside à cette première et commune étape de toutes les évolutions animales.

Longtemps on a cru que l’organisme de l’être le plus parfait était, selon l’expression de de Serres, « une anatomie comparée transitoire, » c’est-à-dire que les divers degrés de l’épigenèse humaine étaient la reproduction temporaire des divers termes de la série animale. Une étude plus approfondie de ces obscurs phénomènes a montré la fausseté de cette conception. Mais s’il est faux que la série des métamorphoses embryogéniques de l’être le plus parfait reproduise terme pour terme les divers modes d’organisation de la série animale tout entière, il est vrai que l’être caractérisé d’abord comme animal acquiert successivement des caractères de moins en moins généraux, qui le placent dans des catégories de plus en plus restreintes. Nous avons assisté au début de l’évolution organique ; suivons-en les progrès. L’enveloppe que les savants appellent blastoderme s’est formée ; les phénomènes qui jusque-là avaient suivi des voies parallèles vont désormais diverger. Chez certains embryons, « au milieu du disque que forme le blastoderme se dessine un sillon étroit, la ligne primitive, qui divise le disque en deux parties égales, l’une droite, l’autre gauche. De chaque côté de cette ligne ou fente, le feuillet extérieur se soulève en un repli allongé ; ces deux replis grandissent, se réunissent au-dessus de la fente et forment ainsi un canal cylindrique. C’est le canal médullaire, ainsi nommé parce qu’il est la base du système nerveux central, de la moelle épinière[1]. » L’animal est dès lors caractérisé comme vertébré. L’évolution organique a suivi d’autres voies et abouti à d’autres formes chez les embryons, d’où doivent sortir un mollusque ou un articulé, ou un rayonné. À la loi du règne, commune à tous les animaux, se sont

  1. Hæckel, Hist. de la Créat. des Etr. Organ., 12Me leç.