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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/381

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Hume conclut contre la science, aussi bien que contre la métaphysique. La science, selon lui, ne mérite confiance qu’autant que ses propositions ont un caractère assuré de nécessité et d’universalité ; or nos idées, étant l’effet d’impressions variables ou de pures habitudes, ne présentent rien d’universel ni de nécessaire : il n’y a donc nulle véritable science. « Si à nos liaisons d’idées, dit-il quelque part dans les Essais, il ne correspond rien d’extérieur, nulle réalité, il n’y a point de science. Si l’esprit n’est pas autorisé à introduire, à déduire, à rien affirmer sur la nature des choses, notre savoir n’est que croyance et probabilité ». C’est là, en effet, la seule conclusion possible d’une doctrine qui n’admet pas d’autre source de connaissances que l’expérience et l’induction. À la rigueur, pour l’induction réduite à l’expérience, une loi n’est que l’expression d’une succession constante de phénomènes dans le passé et dans le présent, avec une simple présomption pour l’avenir ; car elle ne pourrait embrasser l’avenir qu’autant que l’idée d’une relation véritable viendrait se joindre à ce fait de succession ou de concomitance. Or c’est ce que l’empirisme de Hume interdit d’une manière absolue. Si l’esprit humain, et même la science positive vont jusque-là, c’est parce qu’ils pensent autrement que Hume sur la nature des liaisons d’idées qu’expriment les mots de cause, de substance, de force, de pouvoir, de principe, de loi qui se rencontrent dans le langage de tous les hommes.

L’école écossaise est essentiellement l’école du sens commun. Elle a horreur du paradoxe ; et, comme elle a vu nombre de théories y conduire, chez les écoles les plus opposées, elle s’engage, le moins qu’elle peut dans cette voie. C’est ainsi qu’elle évite le scabreux problème de l’origine des idées, après en avoir vu sortir la doctrine des idées innées, la doctrine de la table rase, la doctrine de la sensation transformée, la doctrine du scepticisme absolu, toutes théories plus ou moins contraires à la croyance générale. Que fait le judicieux Reid sur toutes ces questions qui ont tant occupé et agité les esprits au xviiie siècle ? Pas autre chose que d’affirmer les principes en question, sur la foi du genre humain. Il lui suffit de montrer que nous croyons invinciblement aux lois, aux forces, aux causes, aux substances, aux principes, aux axiomes dont les sciences positives elles-mêmes font usage. Non seulement il se dispense d’en rechercher l’origine ; c’est à peine s’il insiste sur les caractères de ces idées. La philosophie de Reid et de son école n’est guère moins sobre d’analyses que d’explications. C’est là ce qui fait tout à la fois sa force et sa faiblesse, sa force devant le sens commun, sa faiblesse devant la science. Excellent juge entre toutes ces écoles de Descartes, de