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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/373

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les habitudes qui ne sont pas ou des vices contraires à la conservation de l’individu, ou des instincts dépravés qui mettent les sociétés elles-mêmes en danger, celles en un mot que la sélection naturelle a confirmées pendant de longues générations, celles qui sont devenues des caractères physiologiques de la race ou servent de base à sa conscience morale, toutes ces habitudes marquent des progrès accomplis, mais en revanche elles deviennent quelquefois un obstacle à l’acquisition d’habitudes nouvelles et de progrès encore plus élevés. Les conditions de la civilisation changent chaque jour, et dans la lutte pour l’existence qui s’impose aux peuples comme aux individus, la prépondérance appartient toujours aux races qui s’adaptent avec le plus de souplesse et le plus de rapidité à toutes les modifications nouvelles du milieu où elles se développent. Il y a à cet égard une loi qui est également vraie des individus et des peuples ; plus un être est élevé d’après l’échelle de l’évolution, plus il est capable de se perfectionner encore. Le perfectionnement en effet augmente la complication des organes, des facultés, des rapports entre les éléments constitutifs des corps, et plus un organe, plus un corps offre de complications, plus il devient facilement modifiable sous l’influence des impressions extérieures, parce qu’il offre des ressources d’adaptation plus variées.

Cependant toutes les adaptations ne sont pas des réussites également heureuses et fécondes. Les vices des individus, les mauvaises mœurs des peuples sont aussi des habitudes, et à côté d’un germe de progrès peuvent se glisser des causes de déclin. Une habitude qui a pris un développement excessif, disproportionné, a malheureusement plus de chance que les autres d’être encore augmentée et fortifiée, parce qu’elle s’impose d’une manière exclusive, engendre des besoins plus impérieux et est, par conséquent, exercée plus souvent ; tandis que les habitudes amoindries, effacées, qu’il serait nécessaire, pour rétablir l’équilibre, d’exercer davantage, sont d’ordinaire celles qu’on est le plus disposé à négliger. Aussi est-il fort difficile de sortir d’une mauvaise voie quand on s’y est une fois engagé. L’homme aperçoit mal ses propres défauts, et quand il en résulte pour lui-même des conséquences désastreuses, il est généralement porté à les attribuer à des causes tout opposées. Il est naturel qu’il juge mal ses habitudes, puisque c’est d’après ses habitudes qu’il juge. Un peuple en décadence prend presque toujours les véritables causes de sa ruine pour la base de l’ordre social. Il ne peut en être autrement ; car l’opinion publique ne peut être contraire aux habitudes de la majorité ; elle ne peut blâmer que ce qui est accidentel, exceptionnel, plus ou moins rare. Or des mœurs ou