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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/345

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la notion de substance comme principe métaphysique ; mais nous n’avons pas à exposer ici une telle doctrine. Quelque intimes que soient les rapports entre l’adaptation et l’habitude, envisager les choses sous le point de vue de l’habitude n’est pas la même chose que les considérer sous le point de vue de l’adaptation. L’adaptation, c’est la rencontre même des forces, leur causalité réciproque, leur efficience, l’opération mutuelle de leur changement ; l’habitude est ce qui demeure après cette opération. L’adaptation est un événement, l’habitude un état. L’adaptation peut être une acquisition d’habitudes ; l’habitude est toujours un résultat d’adaptations. L’habitude d’un être, c’est ce qu’il a (habere, habitum, habitudo), et comme ce qu’un être a en tant que manière d’être, ne peut se manifester que par sa manière de modifier ou de changer les autres êtres, nous dirons simplement que l’habitude est, dans une force, sa manière de réagir sur les autres forces, manière de réagir qui résulter elle-même de l’action que les autres forces ont exercée antérieurement sur elle.


V


Quand deux forces se rencontrent, elles agissent l’une sur l’autre et se modifient réciproquement ; elles s’adaptent nécessairement l’une à l’autre. Mais une fois ces modifications produites, chacune d’elles conserve une certaine manière d’être au point de vue de la direction et de l’intensité ; elle la conserve jusqu’à ce qu’elle ait été modifiée différemment dans une nouvelle rencontre avec d’autres forces ; c’est ce qu’on appelle inertie et que l’on présente ordinairement comme une propriété de la matière. Pour nous qui rejetons à l’égard de la matière toute idée de substantialité et ne reconnaissons en elle qu’une sensation, nous considérons au contraire l’inertie comme une propriété de la force, ou plutôt comme l’impossibilité pour toute force de se modifier, de se changer elle-même. On a plus d’une fois fait ressortir la relation intime de l’habitude avec l’inertie. Mais il y a, selon nous, dans l’habitude quelque chose de plus. La force modifiée reste encore de la force, c’est-à-dire que, dans le cas d’une rencontre avec une autre force, elle conserve le pouvoir de la modifier à son tour : c’est ce pouvoir de modifier qui est vraiment l’habitude et qui est déterminé par l’état de vitesse, d’intensité ou de direction que l’ensemble des événements antérieurs a imposé à cette force. Ainsi toute force modifie les autres de telle ou telle manière suivant qu’elle-même a été modifiée dans telle ou telle mesure.