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conscient, tandis qu’un fait non habituel peut s’accomplir d’une manière inconsciente, relativement au Moi. Le même fait d’habitude peut même, suivant les circonstances, devenir tour à tour conscient ou inconscient. Cela dépend plutôt de l’attention ou de l’inattention que de l’habitude elle-même.

Les limites de la conscience et de l’inconscience relativement au Moi varient en effet suivant le degré ou la direction de l’attention, soit volontaire, soit involontaire ; au point de vue physiologique, nous dirons qu’elles varient suivant le degré ou le mode de distribution de l’anémie ou de l’hypérémie dans les différentes parties du système encéphalique. Dans l’hypérémie, c’est-à-dire dans le cas d’attention, la continuité des phénomènes intellectuels ou cérébraux est augmentée, leur cohésion devient plus intime, ils se rapprochent en un système unique de conscience ; ils sont sentis sans discontinuité au sein de la substance. Dans le cas d’anémie, au contraire, les mêmes faits manquent d’une des conditions de la continuité, ils ne constituent plus une conscience unique dans l’être, et le groupe A, B, C… par lequel nous désignons le Moi, ignore les autres faits D, E, F, qui s’accomplissent en nous, au point de vue de la conscience, comme s’ils s’accomplissaient chez une autre personne. Après ces explications on comprendra facilement que des phénomènes primitivement conscients, c’est-à-dire ayant à l’origine produit sur le cerveau une impression assez vive pour avoir provoqué une hypérémie locale et un certain degré d’attention, puissent ensuite, grâce à la facilité qu’engendrent la répétition et l’habitude, se reproduire sans provoquer cette même hypérémie et cette même attention ; mais il est certain d’un autre côté que ces mêmes phénomènes peuvent, à notre gré, redevenir conscients bien qu’habituels, dans le cas où nous leur prêtons volontairement une attention suffisante ; car il est expérimentalement prouvé qu’en dirigeant, volontairement ou spontanément, notre attention sur un organe, nous y faisons naître l’hypérémie dans une certaine mesure. Ainsi Darwin explique très-ingénieusement le rouge de la pudeur et de la honte par l’idée où nous sommes que nous devenons un objet d’observation pour les autres, et par l’attention que nous dirigeons en conséquence vers notre propre visage. Il suffit de porter son attention pendant quelque temps sur une partie du corps pour y éprouver des sensations vagues de chaleur, de fourmillement, de picotement qui montrent bien que le sang s’y porte en plus grande quantité. Dans la maladie des mystiques il est probable que le sang afflue aux mains, aux pieds, etc., sous la seule influence de l’attente du phénomène et de la foi qu’a le patient dans son retour régulier. De même que l’attention portée