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comme la résultante d’habitudes ? On sait que tous les éléments d’un corps, même le plus solide, conservent, les uns relativement aux autres, une certaine mobilité. La cohésion n’est que l’équilibre provenant de myriades de mouvements élémentaires se limitant les uns les autres. Bien que la continuité des atomes des corps incessamment en oscillation ou en vibration soit interrompue à chaque instant, elle est à chaque instant renouvelée ; les éléments ne s’écartent que pour se rapprocher. Un atome en rencontre un autre : par suite du mouvement qu’il en reçoit, il s’en éloigne et se dirige vers un autre ; son mouvement étant modifié par ce dernier, il est repoussé encore vers d’autres éléments du système cohérent et ainsi de suite indéfiniment. Chaque impulsion, si elle n’était immédiatement modifiée, conduirait l’élément qui l’a reçue à sortir de la masse dont il fait partie, mais chaque rencontre avec les autres éléments contribue à le faire rentrer dans l’intérieur du système. Le degré de cohésion se mesure d’après la quantité de force qu’il serait nécessaire de dépenser pour rompre cet équilibre, c’est-à-dire par la quantité de mouvement qu’il faudrait ajouter au mouvement des atomes pour les rendre capables de triompher de leur résistance réciproque et de sortir de leur enchevêtrement. Ainsi l’on commence à admettre en chimie que des éléments, en se combinant pour former un composé, perdent une certaine quantité de chaleur, c’est-à-dire de mouvement, et que, d’un autre côté, les éléments d’un composé chimique ont besoin, pour se séparer, d’être portés à une température d’autant plus haute qu’ils ont émis plus de chaleur en s’unissant. M. Person a constaté que pour briser un corps solide, c’est-à-dire pour rompre la cohésion de ses éléments, il faut employer une quantité de force mécanique ou de travail à peu près équivalente à la quantité de chaleur nécessaire pour fondre ces mêmes éléments.

On peut retrouver dans tous ces faits l’habitude sous sa forme la plus simple. Non-seulement les éléments constituants d’un corps sont forcés d’adapter les uns aux autres la direction de leurs mouvements ; mais leur vitesse, leur degré d’éloignement ou de rapprochement sont déterminés par l’influence du milieu ou des forces extérieures, par la quantité de chaleur que le corps a perdue ou reçue, par des chocs mécaniques, par la pression à laquelle il peut être soumis, par la densité du milieu dans lequel il se trouve placé. Chaque fois qu’une de ces conditions change, l’habitude des mouvements change nécessairement, et ce changement persiste en vertu de l’inertie aussi longtemps qu’il ne survient pas de condition nouvelle. On nous objectera que l’habitude ne désigne ordinairement que des manières d’être acquises, et nous répondrons que, précisément,