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pensée de Cousin : « Le principe de causalité et l’idée de substance à l’aide desquels nous nous élevons… au-dessus de l’expérience immédiate, nous sont fournis par la raison, qui n’est encore pour notre auteur, conformément à sa manière de philosophes, qu’un fait, le seul fait de la nécessité où nous sommes d’admettre avec confiance l’idée de substance et le principe de causalité. » N’est-ce pas là cette métaphysique « concrète », ce rationalisme psychologique que professe aussi, d’une manière tout à fait indépendante, nous le reconnaissons, la Filosofia delle scuole Italiane ?

Ce n’est donc pas en elle-même que la doctrine de cette revue nous offre de l’intérêt. Ce n’est que dans son opposition avec les doctrines adverses. Voici, entre autres controverses, les objections qu’elle adresse au positivisme par la bouche de son chef même (octobre 1875) : 1° Le positivisme de Strauss repose, dit M. Mamiani, sur trois hypothèses, celle de Laplace, celle de Kant et celle de Darwin. Le positivisme de Spencer a le même défaut ; il ne contient que des hypothèses : les phénomènes physiologiques sont la cause des phénomènes spirituels ; hypothèse : les concepts catégoriques énoncés par Kant sont le produit d’expériences accumulées de génération en génération ; hypothèse : les idées sont des répétitions affaiblies des états de l’esprit causés en lui par les impressions et les mouvements; autre hypothèse. 2° Le luxe de connaissances physiologiques dont les philosophes anglais, Spencer plus que tout autre, ont accompagné l’exposé de leurs théories sur l’âme n’a point rendu à la psychologie de services appréciables, car « les secousses électriques, les tensions musculaires et les filets nerveux, n’ont pas plus affaire avec les idées et le raisonnement que les lettres dont l’imprimerie compose les mots Dieu et monde n’ont affaire avec le monde et Dieu mêmes » (p. 193). Les lois de l’esprit ne sont pas les mêmes en effet que celles du monde ; c’est un point que les écrivains de la revue ont établi victorieusement : leurs études ont montré que les lois du monde mécanique sont immuables, tandis que l’humanité, incessamment attirée par l’idéal absolu, change incessamment et se fraie des voies imprévues. Spencer a le tort de nier le progrès ; pour lui le monde, même le monde moral, livré éternellement aux alternatives d’évolution et de dissolution qui sont la loi de toute existence, est, comme l’infatigable Chronos, sans cesse occupé à engendrer et à détruire. 3° Une des lacunes du système de Spencer est la négation des causes finales ; pour les remplacer il est forcé d’entasser hypothèses sur hypothèses. 4° Tous les positivistes, entraînés par une sorte d’engouement, travaillent à détruire sans se préoccuper d’édifier. L’école italienne préfère la seconde tâche à la première. En présence de ces tentatives aventureuses, téméraires, les écrivains de la revue « se présentent, bien résolus à prendre foi en eux-mêmes et à recueillir la vérité parmi les doctrines les plus éminentes des nations étrangères avec la sagacité et la modération du génie italien. » (p. 496). Leur premier soin est, suivant le conseil de Kant, que n’ont point suivi les positivistes, de refaire la criti-