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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/312

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tout autre principe transcendental, ressort évidemment de ce qu’il est une condition nécessaire de l’expérience.

Le jugement téléologique, en tant qu’il apprécie la finalité formelle, n’est au fond que ce que nous appelons Induction : c’est le nom que Kant lui donne lui-même dans sa logique. « Le jugement, qui va du particulier au général, et dont les affirmations générales sont tirées de l’expérience, empiriques par conséquent, non à priori, conclut de plusieurs individus à tous les individus d’une même espèce, ou de plusieurs qualités que présentent en commun les choses d’une même espèce à la ressemblance de leurs autres qualités… La première forme de raisonnement s’appelle l’induction, la seconde, l’analogie. » — De toutes les formules qu’on a données du principe de l’induction, celle de Kant paraît encore la plus expressive dans sa concision : « la finalité formelle de la nature » ; et cette expression n’est que la traduction abrégée de cette autre : « la disposition en vertu de laquelle la nature se prête à une explication systématique et logique, comme les besoins de notre intelligence l’exigent. » — Cette formule permet de trancher ce que Mill appelle « le grand problème de l’induction », et qu’il met les logiciens au défi de résoudre. « Pourquoi, dans certains cas, un seul exemple suffit-il pour établir une induction parfaite, alors que, dans d’autres cas, des milliers d’expériences concordantes, sans aucune exception, ne garantissent en aucune façon la solidité de la conclusion générale qu’on en tire ? » C’est qu’un seul cas nous découvre parfois une règle, où l’unité logique, que le jugement téléologique, c’est-à-dire l’induction recherche dans la nature, se manifeste à nous dans tout son éclat : ainsi l’hypothèse récente en physiologie, qui admet, pour expliquer la différence des sensations, la différence correspondante des nerfs sensitifs. Cette hypothèse ne peut invoquer sans doute en sa faveur que des expériences très-insuffisantes ; et cependant elle s’impose à l’esprit du savant par la simplicité et l’ordre qu’elle introduit dans l’explication des phénomènes. Nous sommes obligés malheureusement de récuser l’autorité de l’exemple que M. Stadler invoque. M. Wundt, à la suite de Horwicz et de Lewes, ne s’élève-t-il pas justement contre l’hypothèse dont il s’agit, dans sa nouvelle psychologie physiologique? (Voir préface, v.)

Le principe de la finalité formelle ainsi défini et ramené à celui de l’induction, M. Stadler le suit dans ses applications principales. Il montre comment les modernes physiciens sont tout pénétrés, souvent à leur insu, par l’esprit de la téléologie kantienne, dans les tentatives de classification qu’ils font des forces naturelles. L’auteur met à contribution sur ce point les livres de Fechner sur « la théorie des atomes, 1864 », l’essai de Helmholtz « sur la conservation de l’énergie, 1847 », enfin l’ouvrage de Zollner « sur la nature des comètes, 1872 ». — Les récentes théories de la chimie, la théorie atomique surtout, apportent au principe de la finalité formelle une justification encore plus décisive, en même temps qu’elles condamnent les propres idées de Kant sur la