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comment la pensée de Kant s’est élevée aux conceptions définitives, dont l’exposé magistral est contenu surtout dans la dialectique du jugement téléologique.

Dans l’Histoire générale de la nature et théorie du ciel, ou essai d’explication mécanique du système du monde en conformité avec les principes de Newton, 1755, qui précède de 6 ans les « Lettres cosmologiques » de Lambert sur le même sujet, Kant soutient déjà les hypothèses que Laplace et Herschel feront plus tard adopter dans la science. Il s’attache à défendre les droits du mécanisme dans la physique astronomique ; mais il semble peu préoccupé encore de lui faire sa part dans l’explication des phénomènes de l’organisation. Il ne la méconnaît pas pourtant, puisque, dans le chapitre si curieux sur les habitants des planètes, il n’hésite pas à faire dériver de l’action de la chaleur solaire et de l’éloignement plus ou moins grand, où sont les diverses planètes de ce foyer central, l’intelligence plus ou moins vive des êtres raisonnables qui les habitent.

C’est dans ses leçons sur la géographie physique, qu’il fit pendant de longues années à partir de 1757 environ, et avec un succès toujours croissant (elles ne furent publiées qu’en 1802, par Rink, VIIe vol. de l’éd. Hartenstein), que nous trouvons l’expression première et déjà très-décidée des vues de Kant sur le rôle de la sélection sexuelle, de l’adaptation et de l’hérédité, ces lois essentielles de la théorie évolutionniste. Mais Kant ne les applique, dès maintenant comme dans la suite, qu’à la formation des variétés ou des races au sein d’une même espèce.

Le traité de 1762 sur « L’unique preuve possible pour une Démonstration de l’existence de Dieu » (Ed. Hartenstein, II vol.), nous offre une exposition théorique des principes sur lesquels doit reposer la conciliation du mécanisme et de la finalité. Kant passe en revue les diverses interprétations qui ont été données de la finalité naturelle, depuis la plus grossière, celle qui voit en chaque phénomène l’effet d’un dessein particulier de Dieu, jusqu’à la plus raisonnable, la seule vraiment scientifique, celle qui entreprend de concilier la finalité avec le mécanisme. « Dans cette dernière, dit Kant, domine une règle qui, pour n’avoir pas encore été formulée, n’en a pas moins été observée de tout temps dans la pratique, à savoir que, dans la recherche des causes, on doit faire grande attention à maintenir le plus possible l’unité de la nature, et ne pas conclure trop facilement de la grande variété des effets à l’égale diversité des causes. » Qu’on songe à la riche et élégante variété des figures représentées par les flocons de neige, à la régularité des polygones et des étoiles formés par leurs cristaux : personne ne s’avise pourtant de chercher la cause de ces phénomènes surprenants ailleurs que dans l’action des lois générales de la physique. « N’est-on pas porté à soupçonner que peut-être là même, où, dans la nature organique, certaines appropriations intelligentes paraissent résulter d’une disposition spéciale de la nature, elles ne sont