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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/295

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tions, etc.) ; suivant des conditions intérieures dont la principale est le degré d’attention ; et suivant des conditions de nature mixte (exercice, habitude).

3° Le temps physiologique, dans les circonstances les plus favorables pour en abréger la durée, varie, d’après la diversité des sensations, entre 1/5 et 1/12 de seconde.

4° Toutes les circonstances propres à compliquer l’acte psychique augmentent sa durée.

5° L’ordre des faits internes ne correspond pas toujours à l’ordre des faits externes. Une simultanéité objective peut se changer subjectivement en une succession ; une simultanéité subjective peut répondre à une succession objective. Enfin l’ordre peut être interverti, de telle façon qu’une succession objective AB devienne une succession subjective BA.

6° Le temps nécessaire pour la reproduction par la mémoire n’est pas le même que le temps nécessaire pour la production actuelle d’un état de conscience. Il est en général plus long.

Tels sont les principaux résultats des expériences dont nous avons donné plus haut le détail. Assurément, ils sont loin de répondre à toutes les questions possibles, et ils soulèvent plus d’une difficulté. On pourrait désirer, par exemple, que la durée propre de l’acte psychique fût déterminée dans tous les cas, déduction faite du temps nécessaire à la transmission nerveuse. C’est ce qui arrive pour la transmission motrice, quand le temps de la réaction est supprimé, comme nous l’avons vu ; pour la transmission sensorielle, dans le cas de la vue et de l’ouïe, où la durée de la transmission peut être considérée comme à peu près nulle. Il est probable que le perfectionnement des instruments et de la méthode, éclaircira bien des difficultés et en soulèvera d’autres qui changeront l’état de la question. Il importe peu ; le principal est acquis : la possibilité de la mesure.

Au terme de ce travail ennuyeux, minutieux, dénué de tout agrément littéraire, on se demandera peut-être si ces recherches valent la peine qu’elles coûtent, où elles conduisent, si elles nous font mieux connaître la- pensée et sa nature ?

On pourrait d’abord répondre que mieux vaut résoudre une petite question, que de débattre incessamment les grands problèmes, sans succès possible. Mais la question qui nous occupe est-elle en réalité si petite ? Il est évident qu’elle ne nous apprend rien sur l’essence intime de la pensée : en traitant ce problème par l’expérience, les observateurs ne se sont proposé rien de semblable. La science n’a rien à faire avec ces questions insolubles. Devant ce tout complexe