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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/291

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est antérieure au son réel : nous appellerons ce retard négatif.

En d’autres termes, le son doit être perçu exactement, trop tard, ou trop tôt, par rapport à la réalité. On serait tenté de dire, à première vue. que le retard positif est le plus fréquent, puisque l’aperception demande toujours un certain temps. L’expérience montre que c’est tout le contraire qui est juste. Le cas le plus fréquent de beaucoup, c’est que le retard est négatif, et ainsi on croit entendre le son plus tôt qu’il n’a lieu réellement. Il arrive rarement que le retard soit nul ou positif.

Pendant plusieurs années, Wundt a fait sur ce point des expériences, en variant les conditions, la méthode et les instruments. Nous ne pouvons les exposer ici en détail. Le principal résultat auquel il a été conduit est celui-ci : en faisant varier considérablement la vitesse des impressions visuelles qui forment la série, le retard devient positif, dès que l’on dépasse certaines limites.

L’explication de ces faits nous est suggérée par les expériences déjà examinées. Nous avons vu que l’aperception de toute impression demande un certain temps ; mais que ce temps diminue si la nature de l’impression est connue et qu’il diminue davantage si l’instant de son apparition est prévu. Nous avons montré qu’en pareil cas, l’un des résultats de l’extrême attention c’est que l’aperception peut précéder l’impression réelle. — Or les conditions mêmes de l’expérience actuelle doivent produire ce retard négatif avec une certaine régularité. En effet, lorsque la série d’impressions uniformes se déroule avec une certaine lenteur, l’attention qui est tout entière dirigée vers l’impression additionnelle (le son), atteint son maximum, avant que cette impression ait lieu et par suite se trouve combinée avec une impression visuelle, antérieure au son en réalité : par suite le son est entendu trop tôt. Au contraire, plus la série des impressions uniformes se déroule rapidement, plus il devient difficile à l’attention d’être en état d’effort suffisant avant que le son se produise ; par suite le retard devient de moins en moins négatif, puis devient nul, puis positif.

De l’ensemble de ces expériences, M. Wundt croit pouvoir conclure que l’aperception et la réaction volontaire constituent un fait connexe dont le point de départ physiologique réside dans les centres moteurs. Il rappelle : 1° que quand l’aperception n’est pas suivie d’une impulsion volontaire (c’est-à-dire quand sa durée est déterminée au moyen d’une impression qui succède immédiatement à la première) sa durée est moindre ; 2° que lorsqu’il y a un rapport naturel ou habituel entre l’impression et le mouvement, l’aperception et la volition coïncident ; tandis que lorsqu’il y a un certain choix à faire le