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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/290

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les percevoir : simultanéité, continuité, discontinuité. Si nous les percevons comme simultanées, alors elles sont pour nous des parties intégrantes d’un même tout ; elles constituent un objet. Sinon, nous les percevons toujours comme discontinuées, sous la forme discrète du temps ; et cette forme, comme on le voit, a sa source dans la nature même de l’acte de l’aperception. Le continu, pour nous, ne peut venir que des variations d’intensité d’une seule et même représentation, jamais de la juxtaposition de deux états.


V. Si nous supposons une série de perceptions de la même nature se succédant dans un ordre régulier et que l’on intercalle dans cette série une autre impression, à quel terme de la série l’aperception rattachera-t-elle ce nouveau terme ? Les deux impressions simultanées au dehors seront-elles simultanées au dedans ?

Les termes de la série et le nouveau terme sont ou homogènes ou hétérogènes.

Dans le premier cas, si par exemple une excitation lumineuse entre dans une série de représentations visuelles, un son dans une série de sons ; il peut en résulter dans l’aperception de la série un dérangement, mais qui est très-léger, restreint à des limites très-étroites. Bref, tout se passe comme s’il n’y avait que deux impressions isolées : entre la liaison des représentations et la liaison réelle des impressions, la différence trouvée est nulle ou à peine discernable.

Dans le second cas, les choses se passent tout autrement. Pour le montrer Wundt intercalle, de la manière suivante, un son dans une série d’impressions visuelles. Sur une échelle graduée, un indicateur se meut avec une vitesse uniforme : tout est disposé de façon qu’à chaque moment, la position de l’aiguille puisse être aperçue très-nettement. Le mouvement d’horlogerie qui fait marcher l’aiguille sert aussi à produire un son, dont l’apparition peut varier à volonté ; en sorte que le sujet ne sait jamais d’avance quand elle va avoir lieu. Dans ces expériences, il doit arriver une de ces trois choses :

1° L’impression auditive est perçue au moment même où l’indicateur occupe la place qui répond au son : en ce cas, ni dérangement ni retard.

2° Le son peut être combiné avec une position postérieure de l’aiguille : il faut admettre alors dans nos représentations un retard que nous appellerons positifs, quand le son est perçu plus tard qu’il n’a lieu en réalité[1]

3° Le son peut être combiné avec une position de l’indicateur qui

  1. Dans ces expériences, on tient naturellement compte de la différence de vitesse de transmission pour le son et la lumière.