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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/272

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naissances ? À cela je réponds en un mot, de l’expérience. C’est là le fondement de toutes nos connaissances, et c’est de là qu’elles tirent leur première origine[1]. » Mais l’expérience a elle-même deux sources : les sens et la conscience. Sur ce point, les explications de Locke ne laissent rien à désirer. « Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme que nous apercevons, et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont là les deux sources d’où découlent toutes les idées que nous avons ou que nous pouvons avoir naturellement[2]… Les objets extérieurs fournissent à l’esprit les idées des qualités sensibles, c’est-à-dire toutes ces différentes perceptions que ces qualités produisent en nous, et l’esprit fournit à l’entendement les idées de ses propres opérations. Si nous faisons une exacte revue de toutes ces idées et de leurs différents modes, combinaisons et relations, nous trouverons que c’est à quoi se réduisent toutes nos idées, et que n’avons rien dans l’esprit qui ne nous vienne par l’une de ces deux voies[3]. »

Sensation et réflexion, telle est la double origine de toutes nos idées. « Avec le temps, l’esprit vient à réfléchir sur ses propres opérations au sujet des idées acquises par sensation, et, par ce moyen, il amasse une nouvelle provision d’idées que j’appelle idées de réflexion… Ainsi la première capacité de l’entendement humain consiste en ce que l’âme est propre à recevoir les impressions qui se font en elle, ou par les objets extérieurs, à la faveur des sens, ou par ses propres opérations, lorsqu’elle réfléchit sur ces opérations. C’est là le premier pas que l’homme fait vers la découverte des choses, quelles qu’elles soient. C’est sur ce fondement que sont établies toutes les notions qu’il aura jamais naturellement dans le monde. Toutes ces pensées sublimes qui s’élèvent au-dessus des nues et pénètrent jusque dans les cieux, tirent de là leur origine : et dans toute cette grande étendue que l’âme parcourt par ses vastes spéculations, qui semblent l’élever si haut, elle ne passe point au delà des idées que la sensation ou la réflexion lui présentent pour être les objets de ses contemplations[4]. »

Substituons au mot réflexion celui de conscience, et nous aurons tout le mécanisme de l’intelligence, telle que la comprend Locke. C’est l’empirisme, dans le sens le plus large et le plus complet du

  1. Ibid., l. II, ch. iv, parag. 2.
  2. Ibid., l. II, ch. i, parag. 3.
  3. Ibid., ch. i, parage. 5.
  4. Ibid., l. II, ch. 1, parag. 24.