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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/268

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qui se publièrent depuis l’ouvrage de Locke jusqu’aux dernières années du xviiie siècle n’en sont que des commentaires ou des imitations. Peu ou point de théologie, ni de métaphysique proprement dite ; beaucoup d’idéologie, d’analyse logique, de grammaire générale, de morale toute psychologique, de pédagogie, de politique et d’économie politique ; voilà la philosophie de ce siècle.

On pourrait même dire que cette philosophie est née d’une réaction contre la spéculation métaphysique qui avait été le caractère dominant de la philosophie précédente. Quel est, en effet, le problème par excellence des écoles philosophiques au xviiie siècle ? C’est le problème de l’origine des idées. On le trouve au début, dans l’Essai sur l’entendement humain ; on le retrouve en son plein développement, dans l’Essai sur l’origine des connaissances humaines et dans le Traité des sensations ; on le retrouve enfin dans les Essais d’Hume, et dans la Critique de la raison pure. Tous les philosophes de cette époque ont compris qu’il ne suffit pas de juger la métaphysique sur ses œuvres, et qu’il est nécessaire, avant de porter sur elle un jugement définitif, de savoir si elle a sa base légitime dans la constitution de l’esprit humain. Au xviie siècle il n’était question que d’idées innées ; et c’était justement cet ordre d’idées qu’on donnait pour origine et pour fondement à la spéculation métaphysique. Il s’agissait donc de s’entendre avant tout sur ce point. On peut dire que tout l’effort de l’analyse et de la critique a pour but l’explication de cette difficulté. Y a-t-il des idées innées ? Pour pouvoir répondre à cette question en parfaite connaissance de cause, il faut d’abord savoir à quoi s’en tenir sur l’origine de nos idées. Mais cette origine elle-même ne peut être connue qu’autant qu’on a fait une analyse des idées et dressé une liste des facultés de l’esprit humain. Analyse des actes, théorie des facultés, origine des idées, doctrine des idées à priori, autrement dites idées innées, possibilité de la spéculation métaphysique : telles sont les questions qui font le principal objet de l’idéologie nouvelle.

Locke a le grand mérite d’avoir ouvert cette voie qui sera désormais celle de tous ceux qui l’ont suivi, sans en excepter Kant. Il nous explique lui-même dans la préface de l’Essai sur l’entendement humain comment lui est venue la première pensée de sa méthode. « S’il était à propos de faire ici l’histoire de cet Essai, je vous dirais que cinq ou six de mes amis s’étant assemblés chez moi, et venant à discourir sur un sujet bien différent de celui-ci, se trouvèrent bientôt arrêtés par les difficultés qui s’élevèrent de différents côtés. Après nous être fatigués quelque temps sans nous trouver plus en état de résoudre les doutes qui nous embarrassaient, il me