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qui apprennent à lire ou qui lisent difficilement sont obligés de lire à haute voix. D’après M. Bain, que cite MM. Jackson, quand nous nous rappelons un mot ou une phrase, les parties articulaires, le larynx, la langue, les lèvres, sont sensiblement excitées. Ferrier, en Angleterre, et en France, le Dr Fournié ont exprimé la même opinion.

À propos des idées visuelles, les psychologues anglais, MM. Spencer, Bain, ont bien montré que leur acquisition nécessite des mouvements, par exemple, en ce qui concerne la forme et la grandeur des objets. Et « si nous acquérons l’idée des qualités des corps par des mouvements — si, quand nous voyons réellement un objet, le mouvement est un élément essentiel — ne doit-il pas y avoir un élément moteur représenté dans ces substrata anatomiques dont l’excitation ou la décharge fait que nous voyons les objets idéalement ? »

Les mêmes conclusions pourraient s’appliquer aux autres états mentaux.

On voit donc que le mouvement qui dans certaines circonstances suit l’idée, n’est pas étranger à cette idée, — si bien que la question, loin d’être : « Comment les idées produisent-elles des mouvements ? » serait plutôt : « Pourquoi les mouvements n’accompagnent-ils pas toujours les idées ? »

Ces mouvements sont localisés dans le cerveau : à certains mouvements correspondent certaines régions cérébrales, à d’autres mouvements d’autres régions. C’est un fait qui a été démontré par les expériences de Hitzig et Ferrier. Mais ces localisations ne sont pas absolues. Si les mouvements sont surtout représentés dans un point, ils le sont également dans les parties voisines. C’est ce qui explique que la suppression d’un centre n’amène pas la perte absolue des mouvements qui correspondent à ce centre, c’est ce qui explique la compensation, ou ce qu’on appelle en France la suppléance.

Cependant toutes les idées et tous les mouvements ne sont pas représentés dans le cerveau au même degré : en même temps que s’est faite l’évolution du cerveau, il s’est fait une évolution parallèle et correspondante des idées et des mouvements, Les idées qui se sont développées les premières, sont les plus générales, les plus automatiques ; et le développement s’est fait de ces idées à d’autres idées plus spéciales, plus volontaires. — Il en est de même pour les mouvements. Ceci nous conduit au principe que M. Jackson veut établir. L’homme peut être considéré dans son état normal (ou d’évolution), dans son état anormal (ou de « dissolution »). L’expérience nous montre que la dissolution agit tout d’abord et au plus haut degré sur les actes psychiques et les mouvements qui s’éloignent le plus de l’automatisme : en d’autres termes que la dissolution a lieu dans un ordre inverse à l’évolution.

Pour établir ce principe, M. Jackson examine le cas de paralysies et de convulsions, ou plutôt, pour parler un langage anatomique, les cas de lésions qui détruisent le cerveau ou qui produisent des décharges nerveuses.