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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/182

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Il y a certainement dans le Phèdre une « énigme astronomique ; » mais pour Platon écrivant la République, la myriade n’était pas une période cosmique, ainsi que nous l’avons démontré ; ce ne pouvait être qu’une période palingénésique, dans laquelle on ne peut d’ailleurs méconnaître les τϱισμυρίαι ὥραι d’Empédocle ; les périodes du Phèdre viennent ainsi directement ou indirectement des Égyptiens (Hérodote, Euterpe).

Admettons provisoirement l’allusion à la période de 10,000 ans ; il faudra en conclure que Platon parle de deux nombres, l’un que l’on connaît, relatif au « divinement engendré, » l’autre qui reste à déterminer, relatif à « l’humainement engendré » (ἀνθρωπείῳ).

Une ingénieuse hypothèse a été émise pour résoudre le problème en partant de ces données ; nous ne la discuterons particulièrement d’ailleurs que parce qu’elle est admise comme la plus plausible dans l’édition de Didot (vol. III, 1873. J. Hunziker).

On explique ὧν ἐπίτριτος par « le rapport de ces nombres ; » on conclut que le second est les du premier, soit 7,500 ans. On montre, par un rapprochement de dates, que Platon a donné, dans le Timée, une durée égale à l’ancienne Athènes contemporaine des Atlantes ; ce serait donc là la période assignée au maintien de l’état parfait[1].

On peut objecter tout d’abord à cette hypothèse, reconnue d’ailleurs insuffisante pour l’interprétation complète du passage obscur :

1° Que de pareils rapprochements entre le Phèdre et le Timée, œuvres aussi différentes par leurs sources que par leur date, demanderaient la plus grande réserve ;

2° Que Platon n’indique nullement que le nombre géométrique maître de la fortune ou de l’infortune des naissances, représente la durée maximum de l’état parfait et qu’on fait à cet égard une déduction très- contestable ;

3° Que l’ancienne Athènes, dans l’Ἀτλαντικὸς λόγος, ne dégénère nullement comme l’État parfait de la République, qu’au moment où elle est le plus florissante, elle disparaît dans un cataclysme (phénomène cosmique), le troisième avant celui de Deucalion, indication qui ne concorde guère avec la durée prétendue de 7,500 ans.

Mais l’explication grammaticale qui sert de base à tout cet échafaudage est elle-même bien peu solide. Il faudrait λόγος et non πυθμὴν.

Si l’on réduit une fraction ou un rapport (λόγος) à sa plus simple expression, cette expression est, dans le langage mathématique de

  1. C’est l’opinion adoptée par Zeller dans sa Philosophie der Griechen.