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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/175

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pas, avec assez de soin, les propriétés d’un tissu, d’avec les usages ou fonctions que ce tissu peut avoir dans différents organes. Les propriétés de la soie sont les mêmes, que la soie se trouve sous la forme d’un ruban, d’un manteau, d’une ceinture ou d’une frange ; mais les usages d’un ruban de soie, d’une ceinture ou d’une frange dépendent de modifications dans l’arrangement des matériaux. Aussi, bien que les nerfs possèdent la névrilité, et les centres nerveux la sensibilité, nous ne pouvons nous attendre à ce que ces tissus, quand ils entrent dans un arrangement organique tel que l’appareil optique, puissent avoir les mêmes usages que quand ils entrent dans l’appareil respiratoire ; ni à ce qu’un nerf qui se termine dans un muscle ait le même usage qu’un nerf qui se termine dans une glande. Ce principe d’interprétation a été approuvé et accepté par le prof. Vulpian[1] ainsi que par d’autres physiologistes. Son application à l’hypothèse de l’énergie spécifique est bien simple. Les différentes formes de sensation sont toutes les formes d’une sensibilité commune, de même que les différentes formes de mouvement musculaire sont les formes d’une contractilité commune. La sensation de son est aussi différente d’une sensation de couleur qu’un mouvement péristaltique est différent d’un mouvement de préhension. Chaque forme spéciale est l’expression d’un groupe spécial de conditions organiques. En effet, une sensation particulière nécessite : 1° une distribution particulière des nerfs à la périphérie ; 2° un arrangement particulier des tissus par lequel la névrilité (du nerf) puisse recevoir une excitation venant du dehors ; 3° une distribution particulière dans les centres ; 4° une connexion particulière avec les organes moteurs : en d’autres termes, la fonction ou l’usage d’un organe sensoriel sont déterminés par la structure de cet organe, en y comprenant ses connexions anatomiques, et non pas par les nerfs et les centres nerveux seuls, et encore moins par l’une des deux substances, les nerfs ou les centres.

Cette conclusion est très-nette en ce qui concerne les mouvements musculaires. Les muscles ont la propriété commune de se contracter sous l’influence des excitations. Et quelle que soit la nature de l’excitation, si le muscle répond, il ne répond que de cette manière, — de même que la réaction de l’organe auditif est toujours un son, de même la réaction d’un organe musculaire est toujours une occlusion, une dilatation, une flexion ou une extension. Les mouvements du cœur ne sont pas les mêmes que ceux des intestins, et tous les deux sont différents des mouvements des yeux ; les mouvements des mâchoires ne sont pas ceux de la langue, et tous les deux

  1. Vulpian. Leçons sur le système nerveux. Paris, 1866.