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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/174

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ture n’excèdent pas plutôt certaines limites, que les sensations de pression, de température s’évanouissent, et sont remplacées par une sensation de douleur. Le caractère spécifique des sensations, et la nature spécifique du groupe de conditions organiques dont chaque sensation dépend, sont des faits qui peuvent s’expliquer sans que nous ayons besoin d’invoquer une hypothèse telle que celle qui a été proposée par Müller — hypothèse qui dans la sphère des sens est analogue à celles des « Idées innées » ou des « Formes fondamentales » dans la sphère de l’intelligence. Au lieu de tracer la genèse des idées, les psychologues pensent que les faits peuvent s’expliquer en accordant à l’esprit humain certains moules tout faits dans lesquels toutes les expériences se classent aisément ; quelle que soit la cause qui excite l’activité de l’esprit, l’esprit répond toujours suivant ces formes des « catégories » qui sont innées chez lui ; quelle que soit la cause qui excite les sens, chaque sens répond toujours suivant l’énergie spécifique qui lui est propre. Chacune de ces explications est aussi illusoire que l’autre.


II


Essayons de donner une interprétation différente. Les faits n’étant pas en question, mais seulement l’interprétation physiologique, on est certainement plus dans l’esprit de la philosophie biologique en voyant dans chaque spécialité fonctionnelle, une spécialité correspondante de conditions organiques plutôt que des substances particulières. Il y a déjà un certain nombre d’années, en 1859, j’en ai donné la preuve en montrant qu’il y avait là une propriété commune à tous les nerfs, et une propriété commune à tous les centres nerveux, de même qu’il y a une propriété commune à tous les muscles. La propriété commune aux tissus nerveux, je l’ai appelée « Névrilité » ; la propriété commune aux tissus ganglionnaires, « Sensibilité » ; la propriété commune au tissu musculaire étant déjà connue sous le nom de « contractilité. » Les recherches microscopiques montrent que le tissu de tous les nerfs est uniforme ; que les variations ne sont pas fondamentales et ne sont pas plus grandes que celles que l’on trouve dans les muscles ou dans les os ; il en est de même pour les tissus des centres nerveux. C’est sur ce fait que j’ai fondé ma conclusion de l’uniformité des propriétés ; puisque c’est un axiome que l’identité de structure implique l’identité de propriétés. Cette conclusion a été omise par les physiologistes, parce qu’ils ne distinguent