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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/155

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et en Angleterre par quelques hommes de talent comme M. Taine.

Mais cela devait être bien plus visible en Allemagne où les résultats principaux de ces systèmes sont mieux connus. Le livre de M. v. Kirchmann en est la preuve irrécusable. Nous laissons ici la parole au dernier historien de l’esthétique, M. Schasler. Quoique nous soyons porté à adoucir son jugement et à reconnaître ce que ce livre offre d’instructif en beaucoup d’endroits, nous ne pouvons nous défendre de partager son avis. « C’est un amalgame d’idées, de conceptions empruntées à tous les systèmes, sans liaison ni critique. L’auteur a beaucoup lu, mais superficiellement. Il accumule ou juxtapose les matériaux sans lien organique. Il en est réduit à accepter les résultats des écoles idéalistes, d’après un procédé éclectique très-superficiel. Seulement il s’attache à purifier ces données du vice originel et à les convertir à ses vues en leur donnant une apparence réaliste. Sans ces emprunts le réalisme mourrait de faim dans une île déserte[1]. »

Il serait facile de justifier ces assertions en prenant pour exemples les points les plus importants du livre, la définition du beau, celle de l’idéal, la conception de l’art, la division des arts, etc.


III


Dans cette revue rapide des travaux de l’esthétique allemande, nous ne pouvons passer sous silence des productions qui, sans offrir le même intérêt philosophique ni se classer aussi nettement, ne sont pas sans mérite réel et ont rendu à leur manière un véritable service à la science du beau, soit en popularisant ses résultats, soit en entretenant dans le public lettré le goût de ces hautes questions. Par là, elles ont contribué à développer l’esprit général, et à élever le niveau intellectuel de la nation entière. Ces livres, manuels, esquisses, résumés, les publications de toutes sortes, les unes sorties du sein des universités, les autres émises en dehors d’elles, les articles répandus et disséminés dans les recueils périodiques ou dans les organes de la presse quotidienne forment un ensemble aussi considérable que varié. Beaucoup de ces œuvres et de ces écrits n’offrent pas un caractère aussi tranché que ceux que nous avons examinés. La plupart sont conçus et exécutés dans un esprit éclectique. Il est en général d’usage de les confondre dans la dénomination géné-

  1. M. Schasler, ibid, p., 119.