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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/154

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l’unique voie pour arriver avec certitude à la vérité dans tous les ordres de connaissances. Sa prétention est de fonder avec cette méthode une philosophie nouvelle sur les ruines des anciens systèmes. Or, toute vraie philosophie est tenue de satisfaire aux besoins élevés de l’esprit, de donner une réponse aux grandes questions qui intéressent la raison, à celles de l’ordre moral comme de l’ordre physique. Elle doit avoir non-seulement sa logique et sa psychologie, sa morale, sa politique, etc., mais aussi son esthétique, sa manière d’envisager le beau et l’art et de résoudre les problèmes qui s’y rattachent. Si nous demandons au positivisme ce qu’il pense sur ces questions et comment il les résout, il ne paraît pas jusqu’ici s’en être beaucoup préoccupé. C’est peut-être la partie la plus faible de cette philosophie. On peut dire qu’à cet endroit, son cadre est à peu près resté vide. Cela du moins est vrai de la France et de l’Angleterre. L’Allemagne, cette terre classique des systèmes, nous offre davantage. À côté de recherches spéciales conçues dans cet esprit, nous trouvons un ouvrage étendu, qui a la prétention d’être complet et de traiter tous les sujets de cette science. Il est intitulé « l’Esthétique fondée sur les bases du réalisme[1] » L’auteur, M. von Kirchmann annonce qu’il suivra exclusivement la méthode expérimentale, celle des sciences naturelles (Introd.), « la seule qui puisse servir à fonder aussi la science du beau et de l’art. »

Remarquons-le d’abord, le positivisme n’est pas tout à fait le réalisme. Il est plus ou il est moins. Le réalisme, tel qu’on l’a vu dans Herbart et Schopenhauer, n’exclut pas la métaphysique. Loin de là, tous deux l’admettent et elle joue un grand rôle dans leur système. Le positivisme l’exclut. Aussi la différence est très-grande. Or que peut produire pour la science qui nous occupe, la science du beau, et la philosophie de l’art, un système qui proscrit tout à fait la métaphysique ? Nous croyons qu’il sera, par là même, condamné à l’impuissance. Tout seul, avec sa méthode, il fera tout au plus une sorte d’histoire naturelle de l’art. Mais sur toutes les questions supérieures et vitales qui regardent les principes : sur l’idée du beau, de l’art, etc., ne pouvant tout à fait garder le silence, il sera réduit à balbutier quelques phrases vagues ou équivoques. Pour tout le reste, il lui faudra emprunter aux autres écoles et à leurs systèmes leurs résultats les plus plausibles et les mieux connus ; tâchant tant bien que mal de se les approprier et de déguiser ses emprunts. C’est ce qui est arrivé à M. v. Kirchmann. On reconnaîtrait, du reste, la même chose dans les essais généraux ou partiels tentés en France

  1. Æsthetik auf realistischer Grundlage. Berlin, 1868.