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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/146

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La méthode inévitablement les ramène. En effet, le jeu subtil de la dialectique continue chez tous ces théoriciens de l’art. Et, il faut l’avouer, le spectacle qu’il donne est peu édifiant. Quand on voit cette méthode, chez ceux qui s’en servent avec la même dextérité et le plus d’assurance, enfanter les résultats les plus opposés, cela n’est pas fait pour la recommander aux yeux des gens sensés. Mais ce qui la discrédite encore plus, ce sont les reproches sans cesse renouvelés que s’adressent entre eux ses adeptes, de ne pas savoir la manier comme il convient. Ce reproche que d’abord on fait au maître lui-même, ses disciples se le prodiguent entre eux. Il n’en est pas un qui, s’emparant après lui de sa méthode, ne se croie en état de lui faire enfanter la vérité cachée qu’elle recèle par la manière nouvelle dont il s’y prend. Dans cette conviction il accuse les autres de la fausser, de ne pas être, dans l’usage qu’ils en font, rigoureux et corrects. Ainsi chacun d’eux corrigeant les autres est sûr d’être corrigé lui-même. Le mot de sophisme qu’ils se jettent fréquemment à la tête n’est pas fait pour ajouter à la considération. Le fait est qu’on assiste très-souvent à des tours de passe-passe, où chacun s’évertue à montrer son habileté et prouve au moins sa subtilité. Malgré tous les éloges que nous avons donnés aux grands et sérieux travaux de cette école et que nous sommes loin de révoquer, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître tous ces défauts. L’esthétique risque ainsi de se transformer toute entière dans son ensemble et toutes ses parties. Chacun a sa définition du beau, qui est la meilleure ; il en est de même de celle du sublime, du laid, du comique ou du ridicule. Il a ses divisions, ses subdivisions, sa coordination plus précise auxquelles il tient, dont il fait dépendre le sort de la science entière et ses progrès ultérieurs.

Il est heureux d’avoir découvert un chaînon, un fil mal saisi ou qui avait échappé dans la trame compliquée du système, et qui par la vertu de la méthode, replacé où il fallait, donne la solution vainement cherchée des plus délicats problèmes. On prend en dégoût cette dialectique pédantesque, stérile, prétentieuse et méticuleuse, qui n’aboutit qu’à un travail de marqueterie chinoise. On fait des vœux pour que son règne finisse, que le grand air et la liberté soient rendus à la pensée, que la science ayant rompu ses chaînes reprenne ses allures naturelles.

C’est ce qui est arrivé en effet. Comme toujours l’idéalisme, par ses excès, a suscité le réalisme. Longtemps éclipsé par son rival, celui-ci se relève et reprend faveur. Il espère régner à son tour, comme répondant mieux à la disposition générale des esprits et aux découvertes récentes de la science. Non-seulement il triomphe dans ses