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subtile qui s’avance péniblement en trois temps assujettie à la loi du rhythme ou du ternaire ; ce style abstrait, hérissé de formules et entrecoupé de métaphores, fatiguent inutilement le lecteur. Ils l’empêchent de goûter ce qu’il y a de profond et de vraiment substantiel dans les conceptions quelquefois aussi heureuses que hardies de ce penseur et qui ouvrent souvent des horizons nouveaux à la science. Il y a plus, cette méthode lui fait adopter un plan bizarre, rejeter à la fin des questions qui doivent être au commencement, comme l’amour du beau, le génie, le talent, et même le beau dans la nature. — Mais nous ne pouvons nous appesantir sur ces critiques qui dépassent notre but. Remarquons seulement que l’idée générale qui est la partie fondamentale du livre, la définition du beau, est en réalité celle de Hegel. La formule est un peu différente, ce qui tient à la manière dont l’auteur envisage le beau dans son rapport avec le vrai. Il en est de même de la conception de l’art. L’art et le beau sont des manifestations de l’idée. L’idée, l’idée du beau, c’est le beau en tant qu’elle revêt l’apparence sensible ou la forme, qu’elle parcourt tous les moments de son développement. Elle devient successivement dans son opposition à elle-même, le sublime, le comique, etc. Elle est le laid lui-même identique au beau. Le laid est le beau à son premier degré, alors que l’idée, dans son existence immédiate, n’est pas encore réalisée. La négation même du beau est nécessaire à son développement. Nous ne donnons cet aperçu que pour montrer la ressemblance avec Hegel. Les différences nous mèneraient trop loin. — En somme l’esthétique de Weisse qui vient se placer à côté de celle de Hegel et qui la complète est loin de l’égaler par la richesse des aperçus et des détails, surtout en ce qui concerne la théorie des arts. Mais l’esthétique idéaliste y a gagné une œuvre durable sur la métaphysique du beau, qui a sa place dans le progrès de cette science.

Abordons maintenant les travaux des disciples ou des successeurs directs de Hegel qui, ayant cultivé cette science selon l’esprit et la méthode du maître, mais avec indépendance et originalité, ont cherché soit à résoudre des problèmes qu’il avait imparfaitement traités ou n’avait qu’indiqués, soit à construire un plus complet et meilleur système. Nous devons distinguer d’abord deux productions principales sur des points spéciaux, il est vrai, mais d’une haute importance : 1° le livre d’Arnold-Ruge sur le Comique[1] et l’Esthétique du Laid par Karl Rosenkranz[2].

Un des points les plus difficiles de la science du beau, est sans contredit la théorie du comique. Déjà ce sujet avait été traité plusieurs

  1. Neue Vorschule der Æsthetik. Das Komische, etc. Halle, 1837.
  2. Æsthetik des Hässlichen. Königsberg, 1852.