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encore dans les sciences particulières, il se trouve tant d’idées ayant besoin d’être éclaircies. En attendant il semble que nous soyons encore à ce moment de préparation où les matériaux s’entassent un à un, tandis que les points de vue généraux surgissent peu à peu au milieu de la lutte des opinions. Cependant la philosophie ne doit pas rester oisive. En contrôlant les résultats généraux des sciences, en développant les méthodes scientifiques et leurs principes, elle a devant elle un champ de travail qui s’étend toujours avec le progrès de l’expérience scientifique et où elle peut exercer une influence féconde sur les sciences spéciales. Plus la philosophie prendra au sens littéral sa vocation d’être « la science des sciences, » plus il lui sera facile de transmettre un jour à la postérité un tableau fidèle du mouvement scientifique de notre époque. Car les systèmes d’une certaine importance, que l’histoire de la philosophie inscrit sur ses pages, ne sont pas de frivoles combinaisons d’idées de quelques penseurs isolés ; cette histoire réunit les innombrables sources de connaissance répandues dans les sciences spéciales en un grand fleuve, où sans doute on ne reconnaît pas le cours de chaque source particulière, mais où l’on peut voir la direction qu’elles ont suivie dans leur ensemble. Dans ces derniers temps on n’a pas toujours tenu compte de l’influence réciproque qu’exercent l’une sur l’autre la philosophie et chacune des sciences particulières. Celles-ci méritent à cet égard le moindre reproche. Car c’est la tâche de la philosophie de maintenir les bons rapports avec les sciences spéciales en leur empruntant ce dont elle a besoin, la base de l’expérience, et en leur communiquant ce qui leur manque, l’enchaînement général des connaissances.

W. Wundt.