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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/131

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scientifique que les sciences spéciales et surtout les sciences naturelles, au degré de perfection où elles sont arrivées, ont le droit d’exiger. Il s’agit de tendre de nouveau vers le but que la philosophie allemande croyait avoir déjà atteint au commencement de ce siècle. Vraiment le chemin n’est pas facile. Car nous devons le parcourir, non sans rien emporter, mais chargés de tout le bagage de l’expérience scientifique. En tout cas le travail immense, que les successeurs de Kant ont osé entreprendre, n’est pas perdu pour nous. La manière dont Hégel a envisagé l’histoire doit au moins nous enseigner qu’un développement spéculatif, ayant dominé une génération, n’a pas pu être une simple aberration. C’est l’idéalisme allemand moderne qui le premier a érigé une conception monistique de l’univers avec ses conséquences philosophiques. Il aura en outre le mérite impérissable d’avoir ramené tous les domaines de la vie intellectuelle, l’État et la société, l’histoire et l’art, à l’idée d’un développement nécessaire de la pensée intérieure. Cette idée, même sous l’armure étouffante de la méthode dialectique, n’a pas entièrement perdu la force convaincante de la vérité. Elle a aussi pénétré dans les sciences naturelles, comme il est constaté par un grand nombre de réminiscences de la philosophie de la nature de Schelling qui se retrouvent dans la théorie de l’évolution de la biologie moderne. Mais cette direction de l’idéalisme, commençant avec Fichte, a besoin, pour être bien appréciée, d’être jugée d’après ses vues les plus générales. La puissance de Herbart réside dans l’analyse pénétrante des idées particulières. Lui aussi ne sera peut-être estimé à sa juste valeur que le jour où aucune école ne portera plus les chaînes de son système. Ce n’est donc pas parce que toutes les œuvres du temps passé nous offrent seulement des fautes et des erreurs, que la philosophie est obligée de marcher en avant, mais parce que depuis leur apparition la science a progressé.

L’esprit humain, comme nous le montre surtout l’histoire de la philosophie, ne marche pas à son but par le chemin le plus droit et le plus court ; il suit de nombreux détours qui nécessairement lui font quelquefois faire fausse route. Peut-être avancerait-il plus vite en parcourant une autre voie, cependant c’est pour lui un immense avantage d’avoir exploré le domaine des connaissances en sens divers. Et en quoi une petite perte de temps peut-elle nuire sur un chemin dont le terme se trouve dans l’infini ?

Réussira-t-on dans un avenir plus ou moins éloigné à ramener la science humaine à cette forme systématique qui jusqu’ici a toujours apparu à la philosophie comme sa tâche ? Personne n’oserait l’affirmer dès aujourd’hui, quand non-seulement dans la philosophie mais