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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/13

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NOTE

SUR L’ACQUISITION DU LANGAGE


CHEZ LES ENFANTS ET DANS L’ESPÈCE HUMAINE



I
l’acquisition du langage par les enfants

Les observations qui suivent ont été faites au fur et à mesure et rédigées sur place. — Le sujet était une petite fille dont le développement a été ordinaire, ni précoce ni tardif.

… Dès la première heure, probablement par action réflexe, elle a crié incessamment, gigotté, remué tous ses membres, et peut-être tous ses muscles. Pendant la première semaine, sans doute aussi par action réflexe, elle remuait les doigts, et serrait même assez longtemps l’index qu’on lui donnait. Vers le troisième mois, elle commence à tâter avec ses mains, à avancer ses bras ; mais elle ne sait pas encore diriger sa main, elle palpe et remue vaguement ; elle essaie les mouvements des membres antérieurs, et les sensations tactiles et musculaires qui en sont l’effet ; rien de plus. À mon avis, c’est de cette multitude énorme de mouvements perpétuellement essayés que se dégageront par sélection graduelle les mouvements intentionnels ayant un but et atteignant ce but. — Depuis quinze jours (deux mois et demi), j’en constate un qui est visiblement acquis ; entendant la voix de sa grand’mère, elle tourne la tête du côté d’où vient la voix.

…… Même apprentissage spontané pour les cris que pour les mouvements. Ce progrès de l’organe vocal s’opère comme celui des membres ; l’enfant apprend à émettre tel ou tel son, comme il apprend à tourner la tête ou les yeux, c’est-à-dire par tâtonnements et essais perpétuels.

Vers trois mois et demi, à la campagne, on la mettait au grand air sur un tapis dans le jardin ; là, couchée sur le dos ou sur le ventre,