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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/108

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culièrement le type humain est le sommet de tout système de classification, de même dans la sociologie un type de combinaison sociale parfaitement harmonique doit servir de lumière à la classification des sociétés. Peut-être la comparaison n’est-elle pas très-rigoureuse. La zoologie constate qu’actuellement le type vertébré et particulièrement le type humain est le plus hautement organisé ; rien de plus légitime. Mais quand le sociologue imagine ou déduit à priori d’une définition un type à venir, qui n’a nulle part été offert à l’expérience, et veut en faire la loi des sociétés actuelles, il se livre à une opération toute différente qui ne paraît pas présenter au même degré le caractère scientifique, du moins d’après la doctrine positive, qui est celle de l’auteur. Il semble que, d’après elle, le domaine de la science soit le réel, non l’idéal.

Il est vrai que le propre de la science est de permettre des prévisions. C’est là la vraie marque de son objectivité. Mais ces prévisions, en admettant qu’elles soient actuellement possibles dans la science sociale (Comte et Spencer le nient), ne peuvent se faire qu’à posteriori. La mécanique ne peut déterminer la direction probable d’un mobile qu’après avoir évalué les conditions de son mouvement actuel : bref un problème pratique ne peut être résolu que sur des données particulières. Le procédé de M. Guarin de Vltry est tout autre ; l’idéal de société qu’il nous propose étant de son propre aveu déduit de sa définition générale de la société, un tel procédé semble contraire à la donnée essentielle de la sociologie qui est l’emploi de la méthode expérimentale. Mais Comte lui-même, comme on sait, a donné l’exemple de ces retours à la méthode subjective.

Sauf dans les passages où il se laisse dominer par cette préoccupation qu’on serait tenté de qualifier d’utopique, l’auteur adopte donc la doctrine de l’Évolution, et cherche à la lumière de cette hypothèse quelles sont les lois des corps sociaux révélées par l’observation. Signalons les principales. Tout d’abord il aperçoit une loi de corrélation qui unit les différentes parties de tout organisme collectif. « Dans le corps vivant le salut est compromis par l’excès ou l’insuffisance d’une fonction, et l’affection pathologique est proportionnée à la nature de l’organe et à la gravité de sa maladie : de même dans le corps social, s’il n’existe point de corrélation entre les évolutions partielles de chaque constitution, de chaque groupe d’individus, et pour ainsi dire, de chaque individu. » Une conscience nationale profondément divisée, partagée en impulsions divergentes, est destinée à périr dans les déchirements qui en résultent — Une seconde loi que l’auteur appelle de filiation et de continuité régit les phénomènes sociaux : aucun d’eux ne peut se produire sans avoir des antécédents plus ou moins cachés, des racines plus ou moins profondes dans le passé : car les générations successives sont rattachées les unes aux autres par les liens physiologiques de l’hérédité. De là suit la condamnation des révolutions, mais non la négation des crises. Quand un ensemble d’idées et de passions cohérentes s’est constitué en équilibre, la phase est organique ; mais au sein de la vie, nul équilibre n’est