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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/648

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(Begreifen) et que dans la troisième on cherche la science empirique (das empirische Wissen). L’expérience prouve que les moyens d’explication (Begreifen) varient selon les individus : ce qui pour l’un est intelligible et clair, pour l’autre est obscur et incompréhensible. « Tout € ce qui est connu, qu’il s’agisse d’objets sensibles fréquemment « perçus, ou de mots souvent exprimés, paraît au sujet parfaitement « clair et parfaitement intelligible. » Le connu sert donc à expliquer l’inconnu, et les explications dépendent des habitudes subjectives, des perceptions les plus fréquentes, des associations d’idées les plus enracinées. Il est évident que ces explications ne présentent pas la moindre garantie de vérité, puisque pour un même fait elles sont différentes selon l’éducation et l’expérience des individus, puisqu’elles dépendent d’associations d’idées accidentelles et subjectives, au lieu de reposer sur les données objectives et nécessaires de la connaissance scientifique. « Seule l’expérience, dit Avenarius, conduit au savoir (Wissen), « quant au penchant à expliquer (Begreifen), il a enfanté une foule « d’erreurs, qui toutes se sont présentées avec la prétention de contenir la vérité absolue. Il n’y a ni à priori formel, ni à priori matériel.

< La prétendue apriorité (Apriorit’ât) consiste dans une action du sujet

< qui, sans se préoccuper d’être en accord avec l’expérience, applique c à l’inconnu des idées qu’il a acquises à posteriori, par la connaissance de lui-même ou des objets extérieurs. » En résumé, l’explication n’a qu’une valeur subjective et ne peut être reconnue comme faisant corps avec la science, qui suppose la connaissance directe.

Tout le progrès de la philosophie consiste à renoncer aux explications à priori, à s’en tenir à la connaissance empirique. Voyons si de ce dernier point de vue il est permis d’affirmer la nécessité comme une puissance réelle et objective. Le souvenir d’un état passé, la perception directe d’un état présent, voilà tout ce que suppose la connaissance du changement. Il ne faut pas considérer la cause et l’effet comme des réalités absolues, unies par un lien mystérieux, ce sont des idées, des moyens pour l’homme de saisir les relations des choses entre elles. Dans le concept de causalité, il n’y a pas d’autre nécessité que la nécessité logique qui fait attendre à l’homme un effet partout où il reconnaît une cause, et réciproquement. — On se représente souvent le général comme le principe du particulier, la loi comme la cause du phénomène. C’est au contraire la loi qui dépend absolument des cas particuliers, car elle n’existe qu’aussi longtemps que ceux-ci sont en accord avec elle. Connaître une loi, c’est savoir seulement que certains faits déterminés se passent d’une manière semblable. — Arrivons maintenant au concept de nécessité, et voyons si elle n’est pas un de ces fantômes, que crée l’esprit humain en se projetant, lui ou ses pensées ordinaires, dans le monde extérieur. L’emploi constant de l’idée de

tive ; » das Begreifen n’a pas son équivalent. Par ce mot, l’auteur entend les essais pour expliquer, pour rendre intelligibles, pour faire de tous les phénomènes un ensemble soumis aux lois subjectives de l’esprit.