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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/627

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P. PAULHAN. — LE SENS COMMUN 61?

patriotes, leurs coreligionnaires. Des idées communes à ce groupe d'individus, quelques-unes encore n'appartiennent qu'à eux, d'autres leur sont communes avec ceux qui habitent la même partie du monde, qui professent des religions se rapprochant de la leur; enfin quelques sentiments appartiennent à tous les hommes. — Remarquons que les influences semblables auxquelles sont soumis les individus font naître les sentiments semblables; ainsi, les individus exerçant la même profession, ceux qui pratiquent la même religion, ceux qui habitent une même patrie, ont une collection d'idées et de sentiments com- muns qui n'appartient qu'à eux en général. On pourrait distinguer ainsi le sens commun de la profession, le sens commun de la patrie, de la religion, de l'humanité. Cette distinction n'est pas évidemment d'une exactitude rigoureuse, mais elle me semble généralement vraie.

Le sens commun entre les êtres est d'autant plus étendu que les êtres offrent plus de caractères de ressemblance, que les milieux dans lesquels ils vivent se ressemblent davantage. Le sens commun, au contraire, est moins étendu quand les individus sont soumis à des influence» très différentes et diffèrent eux-mêmes par leur constitu- tion. Par exemple, il y aura plus de sentiments communs entre deux Français qu'entre un Français et un Anglais, et entre un Français et un Anglais qu'entre un Français et un Hottentot. Entre les deux Français, il y a en effet de communs les sentiments communs à deux individus de la même patrie, de la même religion, parlant le même langage, etc. ; entre un Français et un Anglais, les sentiments com- muns à des individus habitant des nations voisines, professant des religions qui se rapprochent l'une de l'autre, mais qui ne sont pas identiques, etc. ; entre un Français et un Hottentot, il n'y a guère de commun que les sentiments qui se trouvent chez tous les hommes.

��III. — Altérations du sens commun.

Certaines personnes sont plus ou moins privées de sens commun, c'est-à-dire que, recevant certaines excitations, elles sont, grâce à une conformation particulière accidentelle ou continuelle de leurs organes, impressionnées d'une autre manière que la plupart des autres personnes. On remarque chez elles une certaine étrangeté dans les sentiments, les idées, les paroles et les actes. Ces altérations du sens commun sont connues sous les noms de folie, démence, originalité, etc.

tome iv. — 1877. 40 •

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