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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/625

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F. PAULHAN. — LE SENS COMMUN 615

logiques qui les produisent, bien que se ressemblant chez Jous les hommes, ne sont pas exactement pareils. En effet, une incitation semblable produite sur divers organismes, entre en conflit, pendant un processus, avec les traces des incitations antérieures; ces inci- tations ayant été plus ou moins dissemblables, il en résulte des dis- semblances plus ou moins grandes dans les processus physiologi- ques et par suite dans les phénomènes mentaux, c'est-à-dire dans les sentiments, les idées, les volitions.

��II. — Manifestations diverses et développement du sens commun.

On appelle sens commun, avons-nous dit, une collection de senti- ments ou d'idées qui se retrouvent chez tous les hommes. Mais, chez les animaux, nous pouvons remarquer quelque chose d'analogue : certains sentiments sont communs à tous les animaux, d'autres sont communs à beaucoup d'entre eux. Le sentiment de la conservation, dont nous avons déjà parlé, se trouve chez tous les hommes et chez tous les animaux, l'amour de la progéniture se trouve chez tous les individus de certaines espèces, etc. Il nous semble donc légitime d'attribuer le sens commun aux animaux; le sens commun étant encore ici une collection de sentiments qui se retrouvent chez un grand nombre d'individus et qui leur servent à diriger leur volonté. Le sens commun peut donc à notre avis être légitimement attribué à toutes les espèces d'êtres ayant des sentiments, c'est-à-dire à toutes les espèces d'êtres doués de conscience.

Si l'on considère la conscience comme le côté subjectif d'un fait dont le côté objectif est un mouvement, le sens commun sera le côté subjectif d'un fait dont le côté objectif consistera en réactions semblables effectuées par des corps semblables et semblablement impressionnés. Il est à remarquer alors que le côté objectif corres- pondant aux sentiments subjectifs qui composent le sens commun chez l'homme et les animaux, se retrouve dans toutes les réactions produites par des corps semblables, soumis à des excitations sem- blables, par exemple dans les combinaisons chimiques, etc. — Deux organismes semblables, recevant de semblables incitations font une réaction semblable. De même, deux corps semblables mis en con- tact avec deux autres corps semblables et impressionnés de la même façon par ces corps réagissent aussi de la même manière ; ainsi deux morceaux de fer, mis en contact avec de l'acide azotique étendu d'eau, donneront tous deux dubioxoyde d'azote et de l'azotate de fer. Dans tous les cas, nous avons donc des réactions semblables effectuées

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