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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/621

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BÉRAUD. - LE MOI COMME PRINCIPE DE LA PHILOSOPHIE 611

homogène et continu, car autrement il serait divisible; enfin qu'il est immobile, éternel, nécessaire, qu'il est la condition de l'existence des corps et de leur changement, sans être lui-même soumis à d'autres conditions que celle de l'éternité.

Je demande pardon au lecteur d'une argumentation aussi com- pliquée que celle qui précède, pour établir la réalité de l'espace, des atomes et du mouvement. Présentons cette argumentation dans son ensemble, et résumons -la en quelques mots.

Il y a plusieurs êtres et dés changements successifs dans ces êtres, changements qui ont nécessairement commencé à un moment déter- miné du temps. Il a donc fallu que les êtres se préparassent par un changement continu, à se modifier les uns les autres à partir de ce moment, car autrement ils seraient toujours restés dans la même impossibilité de changer.

Ce changement continu ne s'effectuait pas selon la substance et les qualités des êtres jusqu'ici considérés, car il aurait été successif. Il s'effectuait donc selon une substance différente des précédentes, condition des changements sans en être la cause.

Quelle est cette substance? Si les êtres avaient toujours été con- tigus, ils seraient toujours restés dans les mêmes conditions les uns à l'égard des autres, et par conséquent dans la même impossibilité de subir et de produire des changements. Ils n'ont donc pas toujours été contigus, et par conséquent il y a de l'espace, de l'étendue.

Il résulte de là que les êtres changeants sont doués de mouvements, qu'ils sont étendus, indivisibles, impénétrables; et qu'étant destinés, à partir d'un certain moment, à se diriger toujours dans le même sens et avec la même vitesse, ils supposent l'immensité de l'espace.

Nous voici désormais en possession des quatre principes fonda- mentaux dont tout le reste pourra se déduire : le temps, l'espace, les atomes, le mouvement. Y a-t-il autre chose que ces principes? Cha- cun là-dessus peut faire des hypothèses. Ce qui du moins nous paraît certain, c'est que tout ce qui est susceptible de changement et d'activité, rentre dans la catégorie des atomes; cela résulte claire- ment de tout ce qui précède. Par conséquent, s'il existe des êtres supérieurs au monde, ces êtres n'ont pu créer le monde et ne peu- vent actuellement le gouverner; ils doivent, sous peine de faire eux- mêmes partie de notre univers, rester toujours immobiles et inactifs dans leur éternité silencieuse et stérile.

P. M. BÉRAUD.

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