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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/518

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les circonstances. C’est surtout, comme je l’ai fait remarquer déjà, chez les sujets impressionnables et dont l’imagination constructive est très-développée, partant chez lesquels les associations d’idées et de sentiments se modifient constamment que ces variations incessantes de jugements s’observent facilement. Ce qu’ils pensaient hier ils ne le pensent plus aujourd’hui : ce qu’ils adorent maintenant ils le détesteront demain. Il n’y a guère que dans les romans ou dans les livres des historiens dont les biographies des grands hommes ne sont guère du reste que des romans, où l’on voit les hommes uniquement guidés par la réflexion et la raison, suivre une ligne inflexible et ne jamais varier.

De tels caractères ne sont pas rares, mais, pour bien les étudier, il faut les observer sur des sujets chez lesquels l’éducation, la situation sociale, le milieu, ou encore quelque aptitude héréditaire prédominante ne vient pas balancer l’influence des impulsions résultant des associations nouvelles qui se forment constamment dans leur esprit. Leur étude est fort intéressante au point de vue psychologique, en ce qu’elle nous aide à comprendre à quel point la personnalité d’un individu est variable.

Pour donner une idée de ce que peuvent être ces caractères, je choisis dans mes notes l’exemple d’une personne se trouvant à peu près dans les conditions de variabilité que je viens d’énoncer. Cette personne, artiste distinguée, présentait les particularités suivantes : impressionnabilité très-vive, exagérée encore par une affection chronique (phthisie pulmonaire), imagination constructive assez puissante, instruction générale fort médiocre, éducation nulle (élevée dans une boutique), raison et jugement très-faibles, persévérance également faible. Sous l’influence des associations constamment changeantes d’idées et de sentiments qui se formaient dans son esprit ; ses désirs, projets, résolutions, sympathies et antipathies, en un mot, sa nature morale et intellectuelle tout entière, partant, ses opinions et sa conduite variaient d’un jour à l’autre de la façon la plus complète. Sincère à un moment, dissimulée à un autre, sceptique à certains jours, naïvement crédule ensuite. Honnête maintenant, sans scrupule dans un instant. Allant de la pudeur à l’absence de toute retenue, passant enfin d’un jour à l’autre par les états les plus opposés, et prenant à de courts intervalles les résolutions les plus contraires sur les mêmes questions.

Quand les sujets semblables à celui que je viens de citer sont intelligents, — ce qui est fréquent, — ils s’imaginent généralement posséder beaucoup de jugement et de logique, et finissent toujours par trouver des raisons pour justifier à leurs yeux leurs changements