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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/491

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Charles RICHET. — LA DOULEUR 481

culaire est spécialement produit par l'excitation intense des nerfs du grand sympathique.

Nous pouvons donc ajouter aux conclusions précédentes les con- clusions suivantes :

11° La douleur s'irradie d'autant plus qu'elle est plus intense.

12° Même lorsque l'excitation est constante, elle paraît intermit- tente.

13° Les expansions nerveuses placées à la périphérie cutanée ren- forcent les excitations des nerfs, et par conséquent la peau est relati- vement plus sensible à la douleur que les troncs nerveux.

44° L'excitation venant du grand sympathique détermine une angoisse et une dépression profonde et paralyse l'activité psychique.

Nous ne saurions pousser plus loin cette étude sans entrer dans le domaine de la pathologie, et nous nous contenterons d'avoir cher- ché à établir par des faits les causes immédiates de la douleur physio- logique.

Nous aurions pu cependant généraliser plus encore : toute excita- tion désagréable, tout sentiment pénible est une douleur : un son discordant, une odeur fétide, une lumière éblouissante, une saveur amère sont des perceptions qu'on pourrait à bon droit appeler dou- loureuses. Mais ce sont encore des questions trop obscures pour être étudiées avec fruit, et il est plus sage de s'arrêter devant de tels problèmes, que d'essayer de les résoudre avec des données insuf- fisantes : melius est sistere gradum quam progredi per tenébras.

Quoi qu'il en soit il ressort de tout ce qui précède ce fait général, c'est que la douleur est le résultat de l'excitation forte d'un nerf sensitif. Cette excitation n'est autre qu'un changement d'état violent dans l'équilibre de nos organes. Quelle que soit la théorie adoptée pour expliquer l'origine de l'homme, la douleur est une fonction salutaire, qui nous contraint, par de cruels avertissements, à ména- ger notre organisme et à lui éviter des changements d'état brusques qui ne tarderaient pas à le détruire, si nous n'en avions aucunes nouvelles. C'est à ce titre seulement que la douleur n'est pas un mal. Car si la nature n'imposait pas à l'individu et à l'espèce le devoir de vivre, la douleur morale ou physique serait un fléau inexplicable.

D r Charles Richet.

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