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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/423

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HENRY. — MALEBRANCHE D' APRÈS DES MANUSCRITS INÉDITS 413

sentiment de vive défiance à l'égard de la science pure les raisons pour lesquelles il n'a rien publié de ses œuvres mathématiques, c Pour vous parler franchement de la géométrie, écrit Pascal à Fermât, je la trouve le plus haut exercice de l'esprit, mais en même temps je la con- nais pour si inutile que je fais peu de différence entre un homme qui n'est que géomètre et un habile artisan. Aussi je l'appelle le plus beau métier du monde ; mais enfin ce n'est qu'un métier ; et j'ai dit souvent qu'elle est bonne pour faire l'essay mais non l'employ de notre force ; de sorte que je ne ferais pas deux pas pour la géométrie et je m'assure que vous êtes fort de mon humeur l . » Pas plus que Pascal, Fermât et Descartes Malebranche n'a eu une notion claire de l'importance de la spéculation et de sa priorité nécessaire sur la pratique. Pascal est sceptique assez pour abattre la philosophie et dogmatique assez pour élever la foi ; Fermât, avant d'être mathématicien, est magistrat et père de famille; Descartes ne voit guère dans les mathématiques qu'une excellente gymnastique pour l'esprit 2 . « Il n'y a guères que la reli- gion, dit Malebranche, et la connaissance de nous-mêmes qui doivent nous occuper; car à peine avons-nous assez de temps ou assez de facilité à méditer ou à lire de ces choses pour nous instruire 3 . » « Les heures que l'on ne peut pas s'appliquer à la lecture et aux autres choses que Dieu demande de nous on peut examiner les ouvrages de Dieu, étudier l'anatornie des animaux, des plantes, des insectes 4 . Il est dangereux de 3'y arrêter trop longtemps (aux mathématiques). On doit, pour ainsi dire, les mépriser et les négliger pour étudier la phy- sique et la morale, parce que ces sciences sont beaucoup plus utiles, quoiqu'elles ne soient pas si propres pour rendre l'esprit juste et péné- trant ». »

Il importe toutefois de le remarquer. Si c'est aux savants du xvi e siè- cle et à Bacon qui en fut l'interprète que revient l'honneur d'avoir entrevu l'existence d'une corrélation entre notre savoir et notre pou- voir, ce n'est guère que de notre temps que cette corrélation a été définie, démontrée, poursuivie. Et le mérite en est moins aux philoso- phes qu'aux savants de toute sorte.

C. Henry.

Provins. Je n'ai vu ni l'un ni l'autre et j'ai bien de l'impatience de voir ce qu'elle contient. Je n'en ai pas moins d'avoir l'honneur de vous voir. Madame l'Abbesse me fait espérer ce bonheur. Je vous supplie que ce soit au premier moment de votre loisir ; je suis pressée de vous remercier de toutes vos bontés et de vous marquer la reconnaissance et le respect avec lesquelles je suis votre très-humble et très-obéissante servante,

Sœur Bourooin. »

1. Fermât. Varia opéra mathem., p. 200.

2. Géométrie. 1664. In-4", p. 7-8.

3. Lettre du 30 Xbre 1698.

4. Du 30 Xbre 1698. Malebranche était médiocre anatomiste, comme Bos- suet.

5. Recherche de la vérité, VI, 6; Cf. Fermati varia opéra mathematica, p. 197. Lettre de Digby.

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