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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/413

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Alexandre MAIN. — CAUSE ET VOLONTÉ 403

ment « que ni la force ni la cause ne peuvent être identifiées avec la volonté, si nous prenons ce mot dans son sens propre. Voici donc la question que j'ai adressée à M. Lewes et à ceux qui partagent son opi- nion : en identifiant force et cause avec la sensation de pression, ne les identifiez-vous pas ipso facto avec la volonté? avons-nous une idée quelconque de la pression tout à fait en dehors de la volonté ? La plus simple sensation de ce genre dont nous ayons jamais l'expérience ne coexiste-t-elle pas toujours avec une volonté exactement propor- tionnelle?

Je comprends parfaitement que c'est" une erreur de définir l'idée de cause comme identique à celle de volition humaine, si nous prenons volition dans le sens de l'acte d'un groupe spécial de forces orga- niques. Mais ce que nous appelons la volonté, ce n'est pas le groupe de forces organiques considérées dans leur spécialité; c'est, indubita- blement, l'activité de ce groupe envisagée comme pression, regardée comme force, conçue comme puissance, et l'activité ainsi comprise n'est nullement restreinte à l'opération des forces organiques. Partout où l'on trouve de l'activité se manifestant comme pression, ou sous une forme quelconque suggérant nécessairement l'idée de production de force, je conclus qu'il y a de la volonté. Puisque l'idée de cause nous vient seulement après une production consciente de force, et puisque la volonté ne semble être que cette production de force, ces deux idées ne doivent-elles pas nécessairement être considérées comme se rap- portant au même phénomène?

Mais on pourra me dire : la volonté est une production consciente de force, et, quoique toute activité moléculaire soit une production de force, nous n'attribuons cependant pas de conscience à cette dernière. Et pourquoi pas? Sommes-nous tout à fait logique en niant qu'elle soit consciente? D'après la démonstration de M. Lewes lui-même , jamais nous n'aurions eu l'idée de cause en regardant simplement le monde ; cette idée n'a pu nous être suggérée que par une pression consciente sur le monde. Comment donc pouvons-nous parler de quoi que ce soit en dehors de notre conscience comme d'une cause, à moins d'admettre comme un fait reconnu par induction, que tout effort est accompagné de conscience ? Naturellement il y aurait toujours volontés et volontés comme il y a causes et causes ; la volonté qui vise à la formation de l'eau par la combinaison de deux gaz est évidemment différente de celle qui détermine la rédaction de cette note : celle-ci contient un grand nombre de phénomènes particuliers , coordonne un nombre immense de mouvements ; l'autre semble être (l'est-elle réellement ?) un fait excessivement simple. Mais dans les deux résultats il y a une manifestation d'énergie, et s'il y a une cause dans mon cas, seule- ment parce qu'il y a une manifestation consciente d'énergie, pouvons- nous dans l'autre cas parler de cause, si nous jugeons à propos d'éliminer l'élément de la conscience ? Trouver, comme Schopenhauer,

1. Problèmes de la vie et de Vesprit, vol. II, p. 354 et aussi 66, 400-403.

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