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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/39

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RIBOT. — M. TAINE ET SA PSYCHOLOGIE 29

quiert un, nombre déterminé d'éléments et en diffère à beaucoup d'égards. Ce qui est positif, c'est que la conscience existe ; c'est qu'elle peut décroître indéfiniment, c'est que ces infiniment petits sont les éléments qui la composent. Si par leur addition ces infini- ment petits deviennent une autre chose , c'est qu'il se produit ici une combinaison. M. Taine semble craindre de l'admettre franche- ment. Nous espérons que, dans une prochaine édition, il insistera davantage sur ce point, ainsi que sur le rôle de la durée dans les faits de conscience. Les expériences qu'il a simplement mentionnées ont été reprises activement dans ces derniers temps, ont donné lieu à des interprétations ingénieuses et nous paraissent en connexion intime avec le problème soulevé ici.

L'analyse, en descendant des signes aux images, des images aux sensations et des sensations à leurs éléments constitutifs, est parvenue à sa dernière limite. Son rôle est fini ; il faut changer de voie, et voir où l'analyse physiologique nous conduira. Il faut entrer dans l'étude pure et simple du système nerveux; mais en vue d'une interprétation psychologique. M. Taine ramène les phénomènes de la vie mentale à trois groupes : les images, les sensations brutes, les actions ré- flexes. Il assigne pour siège anatomique aux premières, les lobes cé- rébraux, aux secondes, la protubérance, aux troisièmes, la moelle épinière.

Dans la moelle, la sensation est à cet état incomplet où nous ne pouvons pas le définir, parce que nous n'avons pas-conscience d'elle; « mais elle se reconnaît justement à cette incapacité d'apparaître à la conscience et probablement elle ressemble à ces sensations élémen- taires qui, séparées, sont nulles pour la conscience et ne constituent une sensation ordinaire qu'en s'agglomérant avec d'autres pour faire un total » (tome I er , p. 345). — M. Taine se rattache ainsi implicite- ment à l'opinion qui admet un principe psychique dans la moelle. Sans la rejeter, pour notre part, nous regrettons cependant qu'il n'ait pas discuté l'opinion adverse qui réduit le réflexe à une action purement mécanique. La tendance de plus en plus décidée chez les physiologistes à ramener les actions nerveuses les plus compli- quées à l'action réflexe, impose aux psychologues l'obligation de s'y arrêter de plus en plus. Il se trouve d'ailleurs là en face du problème posé plus haut : la genèse et la nature de la conscience. Ajoutons que, toute métaphysique à part, le rôle positif que joue l'incons- cient dans la vie mentale a été si bien exposé dans ces derniers temps, que ces phénomènes d'ordre inférieur, — les actes réflexes — prennent une valeur et une signification toute nouvelle.

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