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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/383

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STRASZEWSKI. — LA PSYCHOLOGIE EST-ELLE UNE SCIENCE? 373

sensation, provenant du manque de changement en elle, quoiqu'il y ait eu surcroît de pesanteur, a été précisément pour lui l'objet de ses recherches. Mais comment Weber est-il parvenu à se convaincre du changement opéré dans notre sensation ? Uniquement à l'aide de la conscience ; car ce n'est pas le toucher qui aurait pu le lui apprendre. Le toucher lui a seulement fourni la matière de ses recherches, tandis que c'est la conscience intérieure qui lui a fait connaître le changement survenu dans la sensation et qui a été l'instrument dont il s'est servi pour le découvrir. — Les expériences psycho-physiques sur la sensa- tion de la lumière faites par Fechner nous l'expliqueront plus claire- ment encore. Dans ces expériences décrites amplement dans ses « Éléments de psycho^physique » son attention n'a été nullement portée sur la lumière envisagée comme processus extérieur, mais sur la sensation considérée comme son effet. Il se demanda sous quelles conditions et d'après quelles lois le changement opéré dans l'action du facteur extérieur produisait un changement analogue dans notre sensation, changement sur l'existence duquel la conscience seule nous renseigne.

Dans la physique, les sensations ne sont que le moyen dont on se sert pour découvrir les lois qui régissent les phénomènes extérieurs; dans les expériences psycho-physiques, elles deviennent au contraire le but et l'objet réel des recherches, tandis que les changements extérieurs, souvent même provoqués, sont le moyen qu'on emploie pour étudier la nature des sensations. La différence va même si loin que ce qui dans les sciences physiques et astronomiques est une dif- ficulté pour les observations précises (c'est-à-dire les erreurs inévi- tables provenant de la nature même de nos sensations), fournissent à la psycho-physique les moyens les plus importants et les plus pré- cieux pour constater les lois qui déterminent le rapport mutuel entre la sensation et le facteur qui la produit. C'est une chose géné- ralement connue que la méthode des « erreurs moyennes » a été appliquée avec succès aux recherches psycho-physiques par Fechner.

Ainsi quiconque aura étudié de plus près l'objet de la psycho- physique et la méthode de ses recherches sera forcé de convenir qu'il y a déjà une différence frappante même entre cette branche de la psychologie et les sciences naturelles, quoiqu'elle y touche immédiatement. Les recherches psycho-physiques nous montrent mieux à quels heureux résultats peut conduire en psychologie l'ob- servation intérieure jointe à l'expérience et soutenue parles sciences naturelles et mathématiques. — Nous ajouterons à cette occasion que la forme mathématique donnée par Weber et Fechner aux lois qu'ils avaient constatées, est la meilleure réponse à l'opinion énoncée

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