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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/373

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LOTZE. — SUR LA FORMATION DE LA NOTION D'ESPACE 363

conséquence nécessaire de notre hypothèse : il n'y a pas possibilité de localisation, si l'organe, ne recevant qu'une seule impression dans le même moment, doit entièrement perdre la première pour recevoir la seconde.

Voyons maintenant l'hypothèse contraire. La rétine, composée d'un nombre infini de points sensibles, permet à une multitude d'objets, p, g, r, s, t,... de faire à la fois impression sur elle; des sensations ainsi produites, rac, x£, vy,... nous ne considérons qu'un petit nombre, en les désignant, pour abréger, par les mêmes signes que les objets, p^ q, r,... Une petite rotation de l'œil empêche les rayons de p de pénétrer jusqu'à la rétine et donne libre accès à d'autres, qui, partant de t, n'avaient pu, jusqu'à présent, traverser le globe de l'œil. Mais pendant que l'image de p disparaît et que la nouvelle sensation t se produit, les autres impressions déjà faites, g, r, s, persistent dans la conscience. Elles ne persistent cependant pas sans subir quelque altération. Le maximum de clarté, qui, au commencement de ce mouvement, portait sur l'image r, grâce à l'excitation du point e de la rétine, le point de sensibilité éminente, a passé, par l'effet de la rotation, à l'image s, et passera, le mouve- ment se continuant, aux images, t, m,...; d'autre part, les impres- sions g, r, s'affaiblissent peu à peu, et ne disparaissent entièrement qu'après être restées quelque temps simultanées avec s, t. En ne considérant que ce qui se passe dans l'œil, nous aurions pu dire que la série des excitations p, g, r, s, t,... pendant la rotation, va perdre à gauche le terme p et s'augmenter à droite du terme t. En regar- dant ce qui se passe dans l'âme elle-même, mous ne pouvons pas nous exprimer ainsi ; car, pour la perception, il n'y a encore que succession de groupes à termes simultanés, mais variant d'énergie, et combinés de telle sorte que chaque groupe dérive de l'autre d'après une analogie constante.

Nous avons déjà vu, et nous le répétons ici, que rien au monde ne pourrait nous faire comprendre, pourquoi ce système de sensations, qui n'implique encore aucune notion d'espace, -devrait nécessaire- ment être perçu sous la forme de -l'espace, comme un système de relations dans l'étendue ; mais si l'on suppose dans la nature de l'âme une faculté, une tendance à percevoir les impressions sous la forme de l'espace, voilà les conditions que l'on ne saurait imaginer sans s'attendre à ce qu'elles provoquent l'exercice de cette tendance. En répétant ces rotations du globe de l'œil, en les dirigeant de droite à gauche, ou de gauche à droite, en retrouvant toujours la même liaison des impressions, en apercevant la persistance d'un groupe central par rapport aux termes qui vont et viennent, nous nous persuadons que

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