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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/372

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362 REVUE PHILOSOPHIQUE

donc que le caractère de série à termes exactement mesurables, ca- ractère qui appartient aussi, comme nous l'avons vu, aux signes locaux de la vision, ne suffise pas à faire comprendre pourquoi la vue manifeste à un si haut degré la tendance d'imaginer comme relations déterminées dans l'espace ce qui n'est donné que comme relations de nombre. Il doit y avoir ici quelque chose encore qui favorise cette traduction d'une langue dans une autre, puisque cette aptitude est refusée aux autres sens. On sera sur le chemin de la vérité si l'on cherche ce quelque chose dans la perception simul- tanée d'une pluralité d'impressions ; mais ceci demande une expli- cation un peu approfondie. Imaginons un animal qui ne possède pour tout organe des sens qu'une fibre nerveuse mobile terminée par un seul point sensible et recevant l'une après l'autre les impres- sions 7u, x, [x. Supposons encore que les positions successives de ce point sensible, A, B, G, se trahissent dans l'âme par les sensations mus- culaires, comme on dit, a, ë, y. Quand cette fibre, dans sa position A, touche à un objet p, il en résulte pour l'animal la sensation -k jointe à a, signe local de la position A ; cette combinaison «a sera rempla- cée par l'autre, xjî, quand, passant de A en B, la fibre rencontrera l'objet q. Comment cet animal peut-il connaître le fait qui se révèle à lui par le changement de a en 6, lié au changement de s en x? Nous le savons, c'est par un mouvement de la fibre ; mais les sensa- tions a et p, bien que dépendant de l'exécution de ce mouvement, ne sont cependant que des sensations qui font bien connaître à l'animal son état actuel, un « comment il se porte », mais ne lui apprennent rien sur leur origine. Si l'on en appelle à la régularité avec laquelle ces sensations a, p, y, croissant ou décroissant, se révèlent comme termes d'une série, nous répondrons que nous nous trouvons abso- lument dans les mêmes conditions quand nous parcourons en chan- tant les divers degrés de l'échelle musicale. Si a désigne la sensation d'une certaine tension que nous avons donnée aux organes de la voix pour produire le son s, les sensations p, y, S, seront aussi des indices de tensions régulièrement croissantes qui accompagnent les sons plus aigus x, (x, v ; mais les transitions de a à p, de p à y, sont loin de nous donner l'idée d'un mouvement fait pour rencontrer les sons 7t, a, etc., comme s'ils étaient disposés en différents lieux de l'éten- due. Nous en concluons que notre animal, s'il n'a le secours d'une révélation d'en haut, ne devinera jamais que le phénomène mysté- rieux, qui consiste dans la succession des sensations toc, xfi, vy, est l'effet du mouvement de son organe sensible entrant successivement en contact avec les objets permanents p, q, n, qui occupent des lieux différents dans un espace où ils sont tous renfermés. C'est là la

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