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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/370

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font, sans doute, dans le cas où l'impression à. laquelle ils s'associent surpasse en vivacité celles qui sont données dans le même moment ; mais alors la rotation s'effectue et il n'est plus question de la sensa- tion d'une tendance sans effet. Dans les autres cas, où l'œil reste en repos, ses excitations se balançant l'une l'autre, cette affection psy- chique, que nous nommons signe local, n'est pas la source d'une innervation à venir, mais l'effet même d'une autre innervation passée ou persistante, savoir de celle qui a été produite dans la rétine par les actions lumineuses. Il ne s'agit alors que de cette question : la multitude d'affections psychiques qu'il nous faut supposer pour com- prendre la localisation simultanée d'un très-grand nombre d'impres- sions, coexistent-elles en nous et pouvons-nous les découvrir par l'observation ? Est-ce vraisemblable ? Il serait un peu enfantin de répondre comme Diogène qui, en marchant, prouvait la possibilité du mouvement ; on ne peut espérer, en roulant les yeux, de ressen- tir toutes ces affections, si elles sont réelles, ou se convaincre qu'elles n'existent pas, si on ne les ressent pas ; peut-être ne sont- elles plus objets de conscience, ou ne se prêtent-elles pas à l'obser- vation directe. D'un autre côté nous ne méconnaissons pas, en par- lant ainsi, l'incertitude et l'arbitraire de toute hypothèse par laquelle on suppose des phénomènes qui, existant dans l'âme, y existent à l'insu de l'âme. L'on n'a certainement pas le droit d'admettre de tels états inconscients à moins de les assimiler aux idées oubliées et reparues, seuls exemples qui prouvent la persistance dans l'âme de ce qui ne persiste plus dans la conscience. Or, je crois que, dans le cas dont il s'agit, nous avons ce droit. Voyez ce musicien qui, après un rapide regard jeté sur les notes d'un morceau de musique, pres- que au même instant, fait les mouvements nécessaires pour faire sortir d'un instrument très-compliqué la suite de sons qui corres- pond à ces notes ; saurait-il trouver en lui, par la simple observation de ce que sa conscience lui révèle, une perception distincte de toutes les idées intermédiaires, indispensables cependant pour lui à l'image des notes entrevues, cette autre image de l'endroit où il faut toucher l'instrument, et à celle-ci l'idée du mouvement à faire pour atteindre cet endroit? Assurément il n'a pas une pareille perception; mais il se souviendra d'un long temps d'apprentissage, pendant lequel en effet la série de ces idées se succédait en lui, lentement, à grand'- peine, pour donner enfin naissance à cette habitude qui ressemble aujourd'hui à un instinct naturel et inconscient.

Nous sommes persuadés qu'il en est de même de la localisation de nos sensations. Elle semble à présent se faire subitement, à l'instant même où nous ouvrons les yeux; au début de la vie, cette

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