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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/369

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LOTZE. — SUR LA FORMATION DE LA NOTION D'ESPACE 359

qui s'opère dans les nerfs alors que, leurs excitations se faisant équi- libre les unes aux autres, ils ne produisent pas de mouvements, nous ne saurions le décrire, car personne ne connaît la forme des proces- sus nerveux ; mais, dans tous les cas, ce n'est là qu'un de ces phé- nomènes physiques que la mécanique des corps a le droit de faire rentrer dans son domaine; nous n'avons jamais oublié d'en donner cette définition formelle. Si donc, en regardant à l'effet que ce phé- nomène aurait pu produire, mais ne produit pas, on parle de ten- dance au mouvement, on altère aussi peu cette définition qu'en appelant tendance à tomber la pression d'un poids qui ne tombe pas parce qu'il est soutenu. Mais nous avons pu parler, nous l'avouons, sans nous douter de la possibibité d'un malentendu; cela ne nous arrivera plus. Ce qui se passe dans les nerfs ne peut servir de mo- bile qu'à une rotation, c'est-à-dire à un phénomène du mondé phy- sique; les affections psychiques, qui en proviennent, méritent seules le nom de signes locaux, car elles seules peuvent, provoquer la loca- lisation, qui est un acte d'imagination sans aucun rapport de res- semblance avec un mouvement quelconque et n'est en aucune ma- nière mesurable d'après les notions de la mécanique des corps.

Mais ces affections psychiques, que nous avons dû supposer, exis- tent-elles réellement? Peut-on par la réflexion, par l'observation du moi, vérifier notre hypothèse ? Nous avons eu, nous le reconnais- sons, beaucoup plus d'hésitation à l'affirmer que ceux qui ont adopté dans ces derniers temps la même théorie. On parle aujour- d'hui de sensations d'innervation comme de faits suffisamment dé- montrés. Sans doute une excitation produite sur un organe quel- conque peut être perçue toutes les fois que, manquant son premier effet, elle en produit cependant d'autres capables d'éveiller la sus- ceptibilité des nerfs sensitifs. L'intention, par exemple, de courber le bras, peut être contre-balancée par une force extérieure, et le bras ne remue pas; néanmoins la contraction musculaire, qui devait ser- vir, s'est opérée et provoque une sensation que nous croyons être celle de l'innervation restée sans effet. En vérité, dans ce cas, nous ne nous apercevons pas de l'action de notre volonté s'exerçant dans les membres et tendant à y produire un effet, mais bien plutôt de l'effet déjà produit, de cette altération de l'état des muscles qui n'est devenue infructueuse que par la résistance opposée. Si au contraire l'innervation restait sans aucun effet, je ne pense pas que nous puis- sions éprouver aucune sensation, tout en ayant conscience de notre velléité d'agir. Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas besoin de décider ici cette question ; car nous ne considérons pas les signes locaux comme devant servir de point de départ à une innervation; ils le

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