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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/367

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LOTZE. — SUR LA FORMATION DE LA NOTION D'ESPACE 357

seule, sans être accompagnée d'un signe a ou fi, ne nous permet- trait pas de reconnaître auquel de ces points elle devrait être rap- portée chaque fois.

Les signes accessoires qui sont attachés aux ^excitations cutanées n'expliquent pas, sans le secours de la vue, cette localisation exacte, et cependant les aveugles-nés sont eux-mêmes capables de la faire. Il doit donc y avoir, à défaut de la vision, un autre moyen d'assurer cette localisation : nous le trouverons en étudiant nos mouvements. Comme nous sommes convaincus que c'est précisément à cette autre source d'informations que la vue elle-même est redevable de la sûreté de ses perceptions géométriques, nous allons tracer en peu de mots les lignes principales de l'hypothèse que nous avons formée à ce sujet.

Supposons trois points donnés dans l'espace , colorés en vert, tc, et disposés en forme de triangle, ou bien substituons tout de suite à ces points réels, leurs trois images réfléchies sur la rétine et disposées de la même manière. Qu'il soit bien entendu, une fois pour toutes, que ce simple fait de la reproduction des images sur la rétine, n'équivaut pas à la connaissance de ce fait. En quoi consis- tent alors les signes locaux a, p, y, qui nous permettent de distinguer comme trois sensations, les sensations toc, 7$, -ny, et en même temps nous forcent à nous représenter l'image de ce triangle défini ? On sait que la réceptivité, pour les actions lumineuses, a son maxi- mum dans une région e, très-limitée de la rétine, région qu'il est permis de considérer comme située sur l'axe horizontal de l'œil ; à partir de cette région, et à mesure qu'on se rapproche des bords de la rétine, la sensibilité diminue rapidement. On sait encore qu'un rayon de vive lumière, toilchant une des parties latérales de ce tissu nerveux, fait tourner le globe entier de telle sorte que le point cen- tral e, où la sensibilité est la plus grande, vient se substituer au point d'incidence moins favorable que le rayon avait d'abord frappé. Ce mouvement de rotation s'opère involontairement, sans conscience du but, et surtout sans conscience des actions musculaires qu'il faut combiner pour atteindre ce but; nous avons donc lieu de le regarder comme un mouvement réflexe produit, à l'insu de notre âme, par suite de l'irritation des fibres sensibles de la rétine, transmise aux nerfs moteurs du globe oculaire. Ainsi pour amener le point e à la place du point A, premier point d'incidence du rayon, il faudra une rotation de l'œil, eA, définie et différente de toute autre, qui, pro- voquée par l'excitation des points B ou G, par exemple, ferait par- courir au point e l'arc eB ou eC. De plus, ces rotations ne diffèrent pas seulement de qualité, comme les odeurs ou les timbres, mais

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