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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/365

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LOTZE. — SUR LA FORMATION DE LA NOTION D'ESPACE 355

mettre de distinguer deux signes locaux, a et (3; autrement cette différence échappe lorsque ces petites pressions s'exercent simulta- nément et durent un peu de temps.

On connaît les observations auxquelles nous venons de faire allu- sion et dont nous ne saurions approuver les explications tradition- nelles. Tous les mouvements, dit-on, qui affectent un seul fil ner- veux indivisible, ne produisent qu'une seule sensation; pour en produire deux, il faut que les mouvements destinés à les provoquer, soient propagés par deux fils isolés et entièrement séparés l'un de l'autre. Nous ne contestons pas la première partie de cette thèse, quoique l'on n'ait pas encore démontré l'impossibilité d'obtenir deux sensations avec un seul fil nerveux; mais comment interpréter la seconde? Si les deux sensations éveillées sont différentes de qualité, elles seront sans doute perçues comme étant deux sensations ; mais si elles ne diffèrent pas, le seul fait de leur arrivée par deux chemins différents ne peut aucunement assurer leur distinction, car les intervalles, qui séparaient les deux mouvements pendant leur trajet à travers le système nerveux, n'existent plus pour la perception. Il serait puéril de prétendre que l'âme distingue des sensations d'ail- leurs égales, parce qu'elle les voit déboucher de leurs fils conduc- teurs en des points distincts. Ce serait, en effet, lui attribuer comme parfaite et entière, cette faculté de localiser, dont nous cherchons précisément à expliquer l'origine; seulement, au monde extérieur on aurait substitué, comme objet de cette faculté, l'ensemble des points où les fibres primitives viennent aboutir à l'intérieur du cer- veau. Il faut donc, pour que cette distinction de deux sensations soit possible, que l'arrivée des impressions par des chemins divers ne reste pas un fait passé, mais devienne un fait présent et efficace. Ceci revient à notre manière de voir : il faut qu'il y ait un signe auquel se reconnaisse le lieu d'origine ou d'arrivée spécial à chaque sensa- tion, un signe qualitatif qui s'ajoute à la qualité principale de la sensation. On a cru pouvoir corriger cette hypothèse en ajoutant que la distinction de deux sensations, ■* et x, n'exige pas seulement la propagation séparée de deux mouvements, p et g, par deux fils isolés, A et B, mais encore la présence d'un certain nombre, ou d'un nombre indéfini de fils primitifs, M, N, 0, qui, situés entre les fils A et B, n'éprouvent dans le même moment aucune excitation. Les fibres nerveuses non excitées ne manquent pas, et à quelque moment qu'on se place; mais, pour servir à la fin que l'on se propose, il faudrait à l'âme la faculté de discerner que c'est précisément dans les fibres M, N, 0, situées entre A et B que se rencontre cette activité si opportune. C'est encore supposer ce que l'on

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