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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/363

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LOTZE. — SUR LA FORMATION DE LA NOTION D'ESPACE 353

jamais songé à se demander pourquoi les ondes lumineuses se per- çoivent sous la forme de couleurs, et non sous celle d'odeurs ou de sons? Personne, assurément, n'a jamais cru qu'il y eût là un pro- blème à résoudre ; c'est une simple donnée de l'expérience que l'on prend comme telle. Pourquoi ne pas avouer qu'il en est de même de l'intuition de l'espace? Elle est la forme donnée sous laquelle nous apercevons les relations de certaines multitudes de sensations simul- tanées; nous n'avons absolument qu'à déterminer les règles suivant lesquelles nous faisons un usage indéfiniment varié de cette forme générale toujours la même.

Revenons donc à cette tâche, la seule que nous puissions entre- prendre et mener à bonne fin. Nous venons de limiter à certaines multitudes de sensations simultanées la localisation opérée par notre imagination. Il y a des cas, en effet, où une sensation prin- cipale, 7c, est associée à un certain nombre de sensations accessoires, a, 6, y, sans qu'il en résulte une localisation dans l'espace des diverses formes de la sensation w, distinguées l'une de l'autre par ces diverses sensations accessoires. Si par exemple a, (3, y, désignent les timbres particuliers de différents instruments donnant tous la même note ir, nous croirons peut-être apercevoir une certaine largeur de ce sonit, différente de l'intensité plus grande que pourrait lui donner le même nombre d'instruments semblables; toc, 7t(3, icy, ne se rangent ni à droite, ni à gauche, ni au-dessus, ni au-dessous. On objectera peut-être que a, (î, y, n'indiquent pas, dans ce cas, des points ner- veux distincts l'un de l'autre, où se produisent les excitations cor- respondantes aux sensations ira, ir[3, 7ty; sans doute, ce sont les mêmes fibres du nerf auditif, qui reçoivent le même son ir, quel qu'en soit le timbre. Mais cette objection ne suffirait pas pour écarter la difficulté apparente de ce cas singulier; les vrais signes locaux, bien qu'ils correspondent à divers points excités, ne peuvent cepen- dant pas crier à l'âme, si l'on peut ainsi parler, quel est le lieu de leur origine. Ils ne sont jamais que des sensations de différentes manières d'être, ne représentant à l'âme que l'âme elle-même, et attendant toujours d'être rapportés, par une interprétation spontanée de l'âme, à ces lieux d'origine. On ne comprend donc pas tout d'abord pourquoi les timbres a, p, y, ne suffiraient pas eux-mêmes pour faire entrer en exercice la faculté localisatrice. Faut-il en chercher la raison dans ce fait que ces timbres ne se rangent pas dans une série telle que d'un point quelconque à l'autre, il y ait une distance assi- gnable ? Dans ce cas cette faculté, cette tendance localisatrice, s'il est permis de la supposer, resterait suspendue, ne serait qu'une velléité indécise entre les différentes positions également imagi-

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