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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/361

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LOTZE. — SUR LA FORMATION DE LA NOTION D'ESPACE 351

santé n'augmente pas la hauteur où le son se place dans l'échelle, et l'abaissement de cette place ne fait pas changer l'intensité du son. On peut donc représenter le total de ce que nous percevons par ce couple de composantes m «, indépendantes l'une de l'autre. En appliquant ces idées au sujet qui nous occupe, il suffit de remarquer que, pour la localisation des sensations, a n'est plus indice de l'in- tensité qui, dans ce cas, fait elle-même partie de la qualité x; ici, a ressemblera davantage à la perception du timbre spécial des sons suivant qu'on les produit avec tel ou tel instrument, et comme ce timbre lai-même ne s'ajoute aux sons qu'accessoirement et sans en altérer la valeur dans l'échelle musicale, notre a, à son tour, sorte de timbre spécial du point nerveux excité, s'ajoute à la sensation principale et plus forte s, correspondante à la nature de l'impulsion p .

Passons maintenant aux effets utiles qui peuvent résulter de l'asso- ciation de ces deux composantes. Si la même impulsion, p, à un moment donné, produisait l'excitation simultanée de deux points nerveux A et B, sans que la différence de ces deux points pût se faire remarquer par aucun effet accessoire, sans doute l'âme serait provoquée deux fois dans le même instant à se donner la sensation ît, mais elle n'aurait ni aucune raison, ni aucun moyen de percevoir comme double de ■ ce qu'elle percevrait alors ; où il n'y a pas de différence, ni Dieu ni homme n'en saurait apercevoir; ces deux excitations ne causeraient donc qu'une seule sensation 7r, peut-être d'intensité double, peut-être aussi augmentée d'une autre manière, mais, dans tous les cas, une sensation, sans aucun indice de la répé- tition du même contenu. Il s'ensuit que toute possibilité de recon- naître comme pluralité un nombre simultané de sensations égales, repose sur ce que ces sensations ne sont pas tout à fait identiques, mais se distinguent les unes des autres par leurs signes locaux, suffi- sants pour les empêcher de se confondre ensemble, mais incapables d'altérer l'identité de la qualité représentée. Il faut bien se garder ici de tomber dans une erreur assez commune. La présence des signes locaux peut empêcher la perception de confondre les sensations égales ou la forcer à les distinguer; mais nous avons insisté sur la nature purement intensive de ces signes, et, en niant formellement qu'ils consistent en aucune relation géométrique, nous les avons décrits comme des sentihients n'indiquant qu'une manière d'être, un « comment nous nous portons » .

Comment se fait-il donc que pour localiser les sensations 7t ou x, l'âme soit déterminée par la seule addition des signes a ou p qui ne sont pas moins étrangers eux-mêmes à toute [notion de lieu? Que l'addition de ces signes nous force à distinguer les sensations s et x»

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