Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/36

Cette page n’a pas encore été corrigée


26 REVUE PHILOSOPHIQUE

ce qui a été affirmé tout d'abord. Cette rectification provient du choc antagoniste de la sensation réelle. « L'image n'est donc pas un fait simple, mais double. Elle est une sensation spontanée et consécutive qui, par le conflit d'une autre sensation non spon- tanée et primitive, subit un amoindrissement , une restriction et une correction. Elle comprend deux moments , le premier où elle semble située et extérieure , le second où cette situation et cette extériorité lui sont ôtées. »

Ainsi, tandis que d'ordinaire, on ne voit entre la sensation et l'i- mage qu'un rapport de plus à moins, de cause à effet, de modèle à copie, M. Taine découvre entre elles un rapport tout différent : un antagonisme, comme il s'en rencontre entre deux groupes de mus- cles dans le corps humain; par exemple, entre les extenseurs et les fléchisseurs des doigts. Dès que cet antagonisme est rompu (dans l'hallucination, dans le rêve), la série intérieure des images, man- quant de contre-poids, s'impose comme extérieure et réelle. Cette loi d'antagonisme signalée par l'auteur lui servira à expliquer le mécanisme de la perception et de la mémoire.

Son étude sur les sensations contient deux parties : l'une des- criptive, l'autre élémentaire. Pour comprendre combien elle était neuve chez nous en 1870, le plus simple, c'est de s'adressera l'école spiritualiste, qui seule s'est piquée d'avoir une psychologie et d'ou- vrir ce qu'elle a produit de plus complet en ce genre : le Traité des Facultés de Garnier. Le chapitre consacré aux perceptions est d'un vague et d'une maigreur qui étonnent : connaissance nulle ou oubli total des données scientifiques. On y reconnaît ce goût incurable de l'école pour les généralités et cette inexplicable ten- dance à étudier des faits psychologiques avec le seul secours de la conscience. Tout au contraire, M. Taine s'est adressé aux physio- logistes ; et il ne s'est pas contenté des traités généraux, il a con- sulté les mémoires spéciaux , il s'est fait renseigner sur les points douteux ; il a surtout interrogé la pathologie qui, par l'étude des dé- viations, fait mieux comprendre l'état normal. Son analyse du tou- cher, qu'il décompose en trois groupes de sensations (contact, tem- pérature, douleur) peut être considéré comme un des meilleurs exemples de cette méthode qui, négligeant les dissertations stériles sur « les grandes thèses » s'enfonce dans les faits, note les excep- tions, essaie de les interpréter et substitue une connaissance précise du sujet ou du moins de ses difficultés, à ces formules commodes de métaphysique qui permettent de ne rien savoir, en paraissant ne rien ignorer. Cette réduction à trois groupes peut prêter à des critiques

�� �