Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/331

Cette page n’a pas encore été corrigée


analyses. — bouillter. Du plaisir et de la douleur. 321

définitives dès la première édition; l'auteur n'a eu presque rien à y changer. Nous n'avons à relever comme nouveau que le passage où le plaisir et la douleur sont proclamés réels au même titre que tous les autres faits de conscience, contrairement à l'avis de L. Dumont, qui, après Herbart, ne voulait voir dans les émotions que de simples rap- ports et non des faits réels élémentaires. Dumont avait tort sans aucun doute; mais nous croyons qu'il n'a soutenu cette opinion que pour insister plus fortement sur le caractère essentiellement relatif du plaisir et de la peine, relativité que tout le monde s'accorde à recon- naître. La question est, au fond, de peu d'importance.

Le chapitre III, qui traite de la cause du plaisir, est sans compa- raison le meilleur et le plus important; c'est la clef de voûte de l'ou- vrage. Il en était déjà de même dans la première édition; seulement l'intérêt s'en trouve encore augmenté, car la pensée de l'auteur s'y est fortifiée et agrandie par la double nécessité où il a été de la défendre contre la théorie plus récente de L. Dumont, et de la mettre en har- monie avec les grandes hypothèses scientifiques contemporaines. — Le plaisir et la douleur étant par nature sentis et non pensés, ne sont en eux-mêmes susceptibles d'aucune définition; on ne peut les définir utilement que par leur cause. Cette cause, quelle est-elle? Re- marquons d'abord avec Aristote que sentir est le propre d'une nature active et non d'une nature inerte. 'Ev tw epY^ Soxet to àyaôov etvoci xal ib eu ' . Ce qui est sans énergie intérieure, sans nul pouvoir d'agir ou de réagir, est de sa nature indifférent. Est-ce à dire que toute activité, toute force quelconque dans le sein de l'univers soit un sujet sentant? Dumont l'a cru, et on sait que selon lui la sensibilité, comme la force même dont elle n'est que « la face subjective », est partout répandue dans les choses *. M. Bouillier refuse avec raison de souscrire à cette hypothèse plutôt poétique que scientifique, d'ailleurs assez peu nouvelle. Il doute que le rocher soit ému des chocs qu'il reçoit, qu'il y ait plaisir ou souf- france dans « l'éther qui vibre à travers l'espace. » En effet, dit-il, pour qu'une activité soit sensible, il faut qu'elle soit c particulière et déter- minée », qu'elle soit « une >, non pas d'une unité collective comme celle, d'un ensemble, mais d'une unité vivante et consciente. La con- science commençant « avec la vie elle-même », tout vivant est suscep- tible de jouir et de souffrir au moins d'une manière confuse ; mais c où il y a inconscience absolue, il y a insensibilité absolue. » On dira peut- être que la question est précisément de savoir s'il n'y a pas de la con- science à quelque degré partout où il y a de la force. .. Telle est, en effet, la question ; mais il nous semble que ceux qui la tranchent par une

1. Morale à Nicomaque, livre I, chap. vu.

2. Théorie scientifique de la sensibilité, par Léon Dumont, 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. Paris. Germer Baillière, 1875. — Voir dans la Revue politique et littéraire (24 juillet 1875) notre exposé critique de cette histoire, et dans la Revue philosophique (mai 1876) la discussion à la- quelle elle est soumise par M. Bouillier.

�� �