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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/277

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NAVILLE. — PRINCIPES DIRECTEURS DES HYPOTHÈSES 267 ,

avec les lois de l'univers, et qui la prémunissent ainsi contre les atteintes du scepticisme, mais les tendances de la raison que l'expé- rience vient justifier ont été le principe directeur, et non pas le résultat de l'expérience. L'homme, en effet, comme le dit M. Ber- trand, — « croit en dehors de toute* démonstration à l'harmonie de « l'univers et à la simplicité de son mécanisme l . » Si la pensée de l'harmonie universelle était une induction de l'expérience, on la verrait se développer et s'affirmer à mesure que la base d'observa- tion s'étend; or, ce n'est point le cas. Les affirmations les plus har- dies auxquelles puisse s'élever la science contemporaine, ne sau- raient dépasser sous ce rapport les affirmations des pythagoriciens. M. Bertrand observe, à l'appui de sa thèse, que l'histoire de l'astro- nomie dans l'antiquité nous montre l'esprit humain allant au-devant de la vérité expérimentale pour affirmer comme par avance la beauté et l'ordre général du système [du monde. Des exemples tirés d'autres sciences vont nous offrir la confirmation de cette pensée.

Les progrès de la chimie contemporaine ont eu pour effet d'aug- menter considérablement le nombre des corps simples que les an- ciens réduisaient à quatre; mais ces corps irréductibles, dans l'état actuel de la science, sont-ils vraiment des éléments primitifs? Le 9 janvier 1866, M. le professeur Marignac disait, à l'Alhénée de Genève, que différents faits révélés par l'observation, éveillent natu- rellement la pensée que nos corps simples pourraient bien avoir une origine commune, c'est-à-dire être les combinaisons diverses d'atomes primitifs semblables. Il ajoutait que les agents physiques dont nous disposons et que nous voyons agir dans la nature : la cha- leur, l'électricité, l'affinité, ne peuvent pas décomposer nos corps simples et ne paraissent pas avoir contribué à leur formation pre- mière, d'où il concluait que l'existence d'une seule matière primitive restera toujours une pure théorie. Nous ne pourrons pas, dans nos laboratoires, désagréger les éléments primitifs d'un corps pour en faire un autre ; nous ne pourrons pas séparer les atomes élémen- taires que nous pouvons supposer former du plomb pour en faire de l'or en les combinant autrement, ce qui réaliserait le rêve des alchimistes ; mais nous pouvons concevoir que ce que nous ne sau- rions faire soit pourtant l'explication réelle des choses. On voit ici l'idée de l'unité faire son apparition dans l'esprit d'un savant éminem- ment circonspect et sérieux. Cette idée est-elle venue à la suite des observations relativement récentes qui ont révélé les équivalents chimiques, les rapports entre le poids des atomes, etc.? Nullement. En 1815, William Prout avait émis l'hypothèse que tous les corps

1. Les fondateurs de l'astronomie moderne,- 3e édition, page 113.

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