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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/274

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264 REVUE PHILOSOPHIQUE

porte de sortie, au lieu d'être celle d'entrée? Qu'elle soit la défigura - tion à son plus haut degré, nous le comprenons encore. Seulement on ne voit plus comment l'auteur la distingue du comique, ou du moins du bas comique. Ce qui montre ce qu'il y a d'artificiel dans cette partie du système, ce sont les exemples. Faire à propos de la caricature, comparaître je ne dis pas seulement Rabelais, mais Mo- lière, mais Cervantes lui-même, mais Aristophane, c'est prouver que toutes ces barrières placées entre les genres et les espèces sont peu solides. Ces lignes de la douane sont trop faciles à traverser aux contrebandiers, parmi lesquels, nous le craignons, si un procès s'en- gageait, on verrait figurer au banc des accusés l'auteur lui-même.

Nous terminons cet article par quelques réflexions analogues à celles que nous avons faites au commencement. Poser des problèmes nouveaux, en apercevoir l'importance, les détacher des autres pro- blèmes, marquer leur place ; en chercher la solution, la trouver en partie, montrer à d'autres la voie pour les mieux résoudre; enri- chir la science d'observations nouvelles, d'analyses et de descrip- tions plus exactes de faits qui avaient à peine été effleurés ; réunir et grouper les résultats, de manière à montrer les rapports, traiter les points particuliers qui s'y rapportent , tout cela constitue bien, sans doute, ce qu'on appelle le progrès scientifique. Il y a plus, chaque problème nouveau, général ou particulier, introduit dans la science, qu'il soit résolu ou non, agrandit le cercle de la connais- sance humaine. Apercevoir et comprendre une question j usque-là inaperçue et omise, en voir les difficultés qu'on ne soupçonnait pas, est déjà un savoir supérieur à l'ignorance.

Dans l'esthétique, le laid offre une de ces questions, avec les nom- breux problèmes qu'il amène à sa suite et qui en sont les faces di- verses. On a pu voir cette question naître, grandir, s'étendre et se développer, s'installer définitivement dans la science, y appeler de plus en plus l'attention des esprits sérieux et y susciter des recher- ches plus ou moins heureuses dans leur résultat. Enfin le problème s'est détaché, il a produit une œuvre indépendante dont les défauts comme les mérites peuvent s'apprécier diversement , mais qui a un rang dans l'histoire de cette science et doit le conserver. Que l'on compare avec ce qui précède, on verra ce que l'auteur reproduit et ce qu'il ajoute, ce qu'il ne fait que recueillir et développer et ce qu'il a de neuf. Ce dont il enrichit cette science, je l'ai dit, c'est un essai de systématisation fait au point de vue d'une école et par une méthode qui peut paraître inspirer en soi peu de confiance et même être ré- pudiée. Mais il n'est pas moins vrai que le problème est sérieuse-

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